Rencontre avec Deborah Harkness !

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« Le Dernier bar avant la fin du Monde » accueillait l’évènement. Amateurs d’univers fantasy/science-fiction, dépaysement garanti, je vous le conseille ardemment ! (19, avenue Victoria, Paris 1er/ Métro : Chatelet)

Chose promise, chose due : voici le compte-rendu de ma rencontre avec Deborah Harkness à l’occasion de la sortie en France du second opus de sa trilogie All Souls : L’Ecole de la Nuit (Shadow of Night).

Kristin Cashore et Deborah Harkness

Kristin Cashore et Deborah Harkness

Kristin Cashore et Deborah Harkness

Kristin Cashore et Deborah Harkness

La soirée débuta par une petite lecture de Shadow of Night par l’auteure.

Petite anecdote, le hasard a voulu que je puisse m’installer au premier rang, juste en face de Deborah (quelle meilleure place pour vous faire profiter d’une vidéo ?).

S’en est suivie une série de questions-réponses :
Connaissant votre formation d’Historienne, quel a été le principal déclic qui vous a poussé à écrire un roman de science-fiction peuplé de sorcières, vampires et démons ? 
Je suis effectivement une Historienne de formation ainsi qu’une professeur d’Histoire. Je pense que d’une certaine façon, lorsque vous faites l’expérience de la crise de la quarantaine, certaines personnes iront s’acheter une nouvelle voiture, d’autres auront une aventure extra-conjugale… Pour ma part, ce fut un roman ! Je me trouvais dans ma vie professionnelle à un niveau où j’avais exploré tout ce que je devais, et je pouvais déjà voir à quoi ressemblerait ma vie sur les vingt prochaines années en suivant la même ligne. Je suppose qu’une petite voix intérieure me disait alors « Je m’ennuie… ». 
 
Plus concrètement, je me trouvais en vacances au Mexique avec ma famille lorsque je suis passée devant un mur de livres aux couvertures similaires à celui-ci, et je me suis dit à moi-même : « Si toutes ces créatures pouvaient exister, pourquoi ne pourrais-je pas les voir, et en quoi consisteraient leur vie professionnelle ? ». C’est à partir de là que tout à débuté et c’est ce qui m’a amené là où je suis aujourd’hui.
 
En ce qui concerne l’aspect historique, je crois fermement que le passé est très important et qu’il est crucial de connaître les évènements qui se sont produits auparavant, sans pour autant se limiter à ce que l’on vous dit de ceux-ci, qui peut souvent apparaître figée et dogmatique. Ainsi, pour moi en tant qu’historienne, la notion de vampire me paraissait si séduisante ! L’idée d’une personne pouvant littéralement traverser les âges et les périodes historiques… J’ai immédiatement su que pour ma part, il n’y aurait aucun vampire uniquement âgé de 45, 50, 70 voire 100 ans dans mes livres. S’il devait y avoir un vampire, il serait très très vieux ! C’est pour cela que le personnage de Matthew est si âgé. 
La trilogie All Souls débute dans le premier ouvrage Le Livre perdu des Sortilèges avec le personnage de Diana Bishop, universitaire effectuant des recherches au sein de la bibliothèque bodléienne d’Oxford. Elle remplit une fiche dans le but de demander le fameux manuscrit « Ashmole 782 », mais lorsqu’elle souhaite le consulter à nouveau le jour suivant, le manuscrit s’est soudain volatilisé, le personnel ne parvenant plus à le retrouver dans les réserves.
Plus concrètement, cette expérience vous est-elle déjà arrivée au cours de votre carrière ?
Très sérieusement, j’étais réellement à la recherche de l’ouvrage inscrit sous la cote Ashmole 72 ! Il s’agit d’un vrai manuscrit conservé à la bibliothèque bodléienne (ou devrais-je dire « où il est supposé être conservé ») et il est réellement manquant. Je suis d’ordinaire une personne assez brouillonne qui ne parvient pas à retrouver son propre stylo dans son sac. Je travaillais à cette époque sur ma thèse de doctorat  à la bibliothèque bodléienne, je parcourais la collection des manuscrits de la collection Ashmole conservés dans cette bibliothèque, dont une très grande partie concerne le domaine de l’alchimie. J’ai fait une demande pour le manuscrit « Ashmole 72 », et ne voyant pas mon ouvrage m’être délivré au bout de 2h, je demandais aux magasiniers « Mais où est mon livre ?! ». On m’a alors répondu que personne n’était parvenu à le trouver. Cette mésaventure s’est transformée en véritable frustration pendant une très longue période… Et c’est ainsi que je l’ai exprimée lors de ma crise de la quarantaine !
Votre roman est-il le reflet d’une vie que vous auriez aimé pouvoir vivre, de personnages que vous auriez aimé rencontrer, ou cela reste-il fermement une fiction ? Si tel est le cas, quel est le degré d’interaction entre votre vie rêvée et votre vie réelle ?
En ce qui me concerne, j’avais attendu tellement longtemps avant d’écrire mon premier roman. En tant qu’historienne, j’ai rédigé de nombreux ouvrages qui ne sont pas des fictions, dans le cadre de mes études puis de ma carrière. Cela faisait partie intégrante de ma vie. Et comme tous ceux d’entre vous qui sont également écrivains, étudiants ou chercheurs le savent : écrire est une entreprise difficile ! Ce n’est pas une vie rêvée. Ce ne l’est aucunement ! Vous avez tous expérimenté cette panne de l’écriture, lorsqu’aucun mot ne vous vient, alors que vous êtes fatigué, qu’une date limite vous a été imposée pour rendre votre travail… De ce point de vue, en comparaison avec l’idée de m’offrir une voiture de sport hors de prix et totalement en dehors de mes moyens, ce n’était pas une chose évidente à faire. Cependant, ceci étant dit, écrire le roman qui devint « Le Livre perdu des Sortilèges » fut pour moi l’expérience la plus exaltante que j’ai connue toute en restant assise… Disons les choses ainsi ! C’était absolument génial. Les personnages se sont naturellement imposés dans mon histoire. Et cela m’a réellement changé de tout ce que j’avais pu écrire auparavant. 
 
Je pense que lorsque j’ai débuté cette histoire, je croyais que j’allais rédiger une histoire basée sur la question du « Pourquoi de nos jours sommes nous si fascinés par toutes ces créatures surnaturelles qui n’existent clairement pas ? ». Je me suis ensuite interrogée moi-même. « Imagine que tu sois une sorcière… Serais-tu heureuse d’être une sorcière ? Peut-être pas. Peut-être détesterais-tu être une sorcière. » Je me suis ensuite demandée : « Si tu étais un vampire, que ferais-tu ? Tu serais un scientifique. Tu ne ferais pas nécessairement les gardes de nuit dans un hôpital… Si tu es un scientifique, tu es alors en mesure de débuter une recherche expérimentale au XXe siècle et la poursuivre jusqu’à trouver une réponse, même si cela arrive des centaines d’années plus tard. ». Les vampires ont la réputation d’être des chasseurs. Ne serait-ce dont pas ironique qu’apparaisse un personnage étant une sorcière dénommée Diana [Diane étant le nom latin donné à la déesse de la chasse, ndrl]. Une chose en entraînant une autre, très vite tous ces personnages commençaient à interagir entre eux et à converser, à voyager. Comme de mon point de vue, écrire des fictions n’avait jamais été une option que j’avais envisagé auparavant, cela revenait pour moi à tenter de trouver la bonne fréquence radio sur laquelle me brancher afin de pouvoir capter toutes ces discussions et ces entrelacements. De temps en temps, c’était le silence radio, je ne parvenais plus à percevoir quoi que ce soit. C’était comme s’ils m’avaient tous quitté et je me disais : « Oh, non ils sont partis… Mais où sont-ils passé ?! ». 
C’est pour moi une expérience très différente d’autres auteurs, où je me surprends à être une spectatrice ou une auditrice de quelque-chose que je suis en train de regarder ou d’écouter comme je pourrais le faire à travers une radio ou un poste de télévision. Tout ce qui me reste à faire, c’est de garder mon stylo à côté de moi… disons plutôt mon ordinateur, je n’aime pas mon stylo !
 
Vous êtes professeur d’Histoire à l’université de Californie du Sud. Est-il vrai que l’Histoire n’est pas une matière appréciée à sa juste valeur aux Etats-Unis ? Est-ce pour cette raison que vous avez mêlé l’Histoire (avec un grand H) à la fiction fantastique de votre roman, afin de familiariser, toutes générations confondues, votre lectorat à l’Histoire et leur donner le goût de son apprentissage ? 
Aux Etats-Unis, l’Histoire américaine est très populaire. Ce que, nous autres spécialistes des époques plus anciennes, considérons comme du journalisme et non de l’Histoire à proprement parler. Aux Etats-Unis, les étudiants consacreront 4 ou 5 années à l’apprentissage de l’Histoire américaine, contre seulement 2 ans pour toute l’Histoire mondiale. Si vous suivez l’actualité, cela explique tout ! 
J’ai passé une grande partie de mon temps à essayer d’expliquer aux gens qu’il y avait un monde très vaste en dehors des Etats-Unis, et qu’ils devraient le visiter, parler d’autres langues et connaître l’Histoire des autres peuples avec qui ils partagent cette planète. C’est en quoi consiste mon travail. 
 
Pour revenir à mon livre, mise à part l’éventualité d’y intégrer un vampire issu des Indiens d’Amériques et âgé d’une centaine d’années, il devait forcément être né ailleurs… Quelqu’un issu de Clermont-Ferrand m’a d’ailleurs un jour posé la question « Mais pourquoi avoir choisi Clermont-Ferrand ? ». Tout simplement car il s’agissait du centre du monde, à l’époque où Matthew était né, et cela l’était vraiment ! C’est ce que j’aime expliquer aux gens. A l’époque, de nombreux évènements marquants de l’Histoire se produisant partout en Europe trouvaient souvent leur origine à Clermond-Ferrand. La première croisade partit de Clermond-Ferrand. L’Eglise d’Occident naquit à Clermond-Ferrand… Si vous me lancez sur ce sujet, je ne m’arrêterai jamais ! 
Avez-vous effectué de nombreuses recherches sur les vampires et les sorcières avant de débuter votre roman ? 
J’ai débuté mes recherches dès 1982, mais j’ignorais qu’elles me serviraient à écrire ce livre. Je suis plus précisément une Historienne de la Magie et des Sciences. Je conserve donc de nombreuses notes de travail à mon bureau. De nombreuses d’entre elles furent griffonnées lors de mes travaux en bibliothèques durant mes études et n’avaient jamais servi, mais elles avaient trait à un sujet me fascinant grandement. Je pouvais donc parfois me remémorer ce certain pape du Xe siècle dont la forme du crâne était si particulière que tout le monde le soupçonnait de pratiquer la magie… Je décidais alors de l’inclure dans le livre ! 
Même processus concernant les sorcières. Au lieu de parler de la sorcellerie moderne telles les mouvements « wican » et autres, je me concentrais sur les croyances du passé relatives aux anciennes pratiques que l’ont considérait comme rattachées à la sorcellerie. On pense immédiatement aux chaudrons des sorcières, d’où l’on croyait que pouvaient jaillir des tempêtes, fabriquer des poisons ou ensorceler certaines personnes dans les périodes les plus sombres. C’est ce qui est devenu la cuisine des sorcières à New York, là où Sarah et Emily vivent. Je tentais de rassembler toutes ces idées pour n’en faire plus qu’une. Même processus pour la voiture de Sarah. 
 
Le Livre perdu des Sortilèges vient d’être réédité aux éditions Livre de Poche en mai 2012.
L’Ecole de la Nuit, le 2e tome de la trilogie All Souls, vient de paraître le 12 septembre aux éditions Orbit (Calmann-Levy).
UN GRAND MERCI aux éditions Orbit France pour m’avoir donné la possibilité de participer à cet évènement exceptionnel, mais également A VOUS TOUS, amis lecteurs, car rien n’aurait été possible sans vous. C’est grâce à votre soutien par votre fidélité au blog et à sa page Facebook que vous me motivez chaque jour et confirmez que je n’écris pas dans le vide et que mes critiques et coups de coeur littéraires ne tombent pas dans les limbes du Web !
Ma rencontre avec Deborah Harkness

Ma rencontre avec Deborah Harkness

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