Deborah Harkness, L’Ecole de la nuit (All Souls/Le Livre perdu des sortilèges #2)

Deborah Harkness, L’Ecole de la Nuit (All Souls/Le Livre perdu des sortilèges #2), éd. Orbit (Calmann-Lévy), septembre 2012.

(Titre original : Shadow of Night)

Le second volume de la trilogie All Souls créée avec génie par Deborah Harkness est un véritable chef-d’oeuvre que je ne pourrais me résoudre à classer dans un genre en particulier. Mêlant avec brio la quête surnaturelle et une romance entre deux êtres que tout oppose, sur le fond néanmoins omniprésent de la Grande Histoire, l’auteure abat toutes les frontières, qu’elles soient géographiques, temporelles ou littéraires.
Le Livre perdu des sortilèges avait émerveillé par son approche unique du surnaturel et des créatures mystiques d’une façon tout à fait insolite, en envisageant la possibilité de leur existence par une explication scientifique et génétique de ces mutations du genre humain.

Dans un monde où les créatures ne sont pas destinées à se rapprocher sous peine d’éveiller les soupçons des humains sur leur existence, le couple atypique que forment Diana et Matthew est contraint de fuir, sans toutefois oublier un facteur essentiel : Retrouver l’Ashmole 782, qui semble détenir toutes les réponses quant à l’origine des vampires, sorcières et démons, ainsi que sur la question de leur destinée menacée. L’ouvrage ayant été ensorcelé au XXIe siècle et ne pouvant plus être consulté à la bibliothèque bodléienne d’Oxford, une seule solution subsiste, tout comme l’accroche du livre l’annonce sur sa couverture :

« Puis vinrent la fuite et le passé.« 

C’est ainsi que nos deux personnages sont propulsés dans l’Angleterre élisabéthaine de la Renaissance.
Matthew de Clermont retrouve avec peine et bonheur ses anciens compagnons avec qui il formait la mystérieuse « Ecole de la Nuit », membres tantôt humains, tantôt démons, tantôt vampires… s’étant tous illustrés à leur manière dans les intrigues de l’époque.
Ce deuxième opus se distingue avec brio du précédent par la brillante addition d’une figure de poids à la trame du récit : l’Histoire avec un grand H, qui est si omniprésente tout au long de l’évolution des personnages au fil de leurs péripéties, qu’elle en devient souvent prépondérante, incontournable et essentielle, pour le plus grand bonheur des amateurs et/ou spécialistes.
Qui n’a jamais rêvé de pouvoir découvrir de ses propres yeux la réalité du passé dont les uniques témoignages que l’on conserve sont très fragmentaires. Les allusions à la formation d’Historienne de l’auteure sont récurrentes, par le biais de son personnage principal, Diana Bishop, elle-même chercheur en histoire de l’iconographie alchimique :

« Mon coeur se gonfla. Pour la première fois de ma vie, j’étais absolument ravie d’être une sorcière. Historienne, j’avais étudié le passé. Comme j’étais une sorcière, je pouvais réellement le visiter. Nous étions remontés en 1590 pour que j’apprenne l’art perdu de la magie, mais je pouvais aussi apprendre tellement d’autres choses. » [p. 14]

Grâce à ces nombreuses recherches liées à son activité professionnelle, ce n’est également pas sans quelques traits d’humour que Deborah Harkness distille certaines anecdotes sur la réalité de la vie d’antan, mettant à mal l’image que notre société moderne s’en fait, notamment dans les romans ou autres adaptations cinématographiques :

« Dans les fictions historiques, voir des femmes glisser des objets dans leurs robes m’avait toujours fascinée et j’avais hâte de découvrir s’ils étaient aussi faciles à récupérer en public que le prétendaient les romanciers. Le sexe n’était ainsi pas aussi facile à pratiquer au XVIe siècle que certains textes le présentaient. Pour commencer, il y avait l’obstacle des innombrables couches de vêtements. » [p. 230-31]

« Deux coches s’étaient emboutis et bloquaient la rue menant à St. Paul’s. Les deux véhicules ressemblaient à des remorques fermées et non pas aux éblouissants attelages des adaptations au cinéma des romans de Jane Austen. » [p. 233]

Nombre de protagonistes cités dans l’Ecole de la nuit et prenant part intégrante à l’action tout au long du roman sont des personnages dont l’existence et les réalisations sont attestés historiquement (une liste de tous les personnages croisés par le couple est d’ailleurs disponible en fin d’ouvrage, précisant si ceux-ci sont réels ou une pure invention, ainsi que la fonction qu’ils occupent dans l’ouvrage et, quand c’est le cas, dans l’Histoire).
Le voyage dans le temps n’étant toujours pas suffisant, vous suivrez également Diana et Matthew dans un tour des grandes cours d’Europe. Ainsi, vous rencontrerez à Londres, Elisabeth Ière reine d’Angleterre, ou à Prague, Rodolphe II empereur du Saint-Empire, roi de Bohême et de Hongrie.
En bref : Vous l’aurez compris, cet ouvrage est d’une densité et d’une profondeur impressionnante, dont on ne ressort pas indifférent. Chacun des 42 chapitres nous fait palpiter tant les rebondissements se succèdent, l’intrigue se complexifie et nous transporte d’un mystère à un nouveau. Deborah Harkness réussit avec l’Ecole de la nuit la prouesse de créer sur papier une suite encore plus palpitante aux aventures de Diana et Matthew que celles narrées dans son premier volume, le Livre perdu des sortilèges. Elle place donc la barre très haut en termes d’attentes en ce qui concerne le troisième et dernier tome de la trilogie All Souls, à paraître au plus vite je l’espère l’an prochain !
L’amorce du dernier opus est toutefois bien lancée car, et je n’en dirai pas plus, l’auteure sait comment captiver son lectorat jusqu’à la toute dernière ligne de son roman…!

Petit bonus : Parmi les nombreux personnages historiques qu’il vous sera possible de croiser au fil des 546 pages de ce roman, un certain William Shakespeare pourrait bien apparaître furtivement… Deborah Harkness ayant subtilement caché de nombreuses références historiques et littéraires dans l’Ecole de la nuit,  je vous invite donc, pour les plus patients et les plus passionnés, à vous armer de petits marques-pages et à poursuivre la recherche une fois le livre refermé. Vous pourriez bien être surpris ! Car, comme on l’évoque toujours lorsqu’il est question de voyage dans le temps : Comment retourner dans le passé sans altérer le futur, par de simples évènements en apparence sans importance…

Un indice : Le dernier chapitre est à examiner avec beaucoup d’attention et de minutie, chaque mot y revêt une signification particulière !
Mon avis : Magique, au sens propre comme au figuré ! Un plongeon sans aucune retenue dans la Grande Histoire de la Renaissance européenne, tout en explorant ce qu’aurait pu être le monde si des créatures telles que les vampires, les sorcières et les démons avaient réellement existé, tapis dans l’ombre. L’Ecole de la nuit est sans doute l’un des romans qui m’ont le plus émerveillés. Il fait parti de ces livres dont vous ralentissez volontairement votre lecture, à l’instar d’un cheval au galop dont on retiendrait les rênes, pour ne pas conclure l’ouvrage trop précipitamment, retardant inéluctablement l’arrivée du dernier paragraphe… Vivement la suite !
Ma note : 
Je remercie vivement les éditions Orbit France pour m’avoir donné la possibilité de découvrir l’Ecole de la Nuit en avant-première, ainsi que le grand privilège de pouvoir rencontrer Deborah Harkness lors de sa venue en France en septembre dernier. Une dame d’une grande simplicité, débordante de sympathie et de gentillesse, sans oublier d’humour, une caractéristique que l’on retrouve dans ses romans !
Vous pouvez retrouver le compte-rendu de ma rencontre avec l’auteure ici. Merci à elle également !
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6 Responses to Deborah Harkness, L’Ecole de la nuit (All Souls/Le Livre perdu des sortilèges #2)

  1. Ambre K. says:

    J'adoooore cette série ! Il me tarde de découvrir le tome 3 ! Par contre il va falloir que je me remémore le tome 2 puisque je l'ai lu en décembre 2012… Et j'ai pas mal oublié ce qu'il se passe dedans x) Mais en tout cas je trouve que le fait qu'il y ait beaucoup d'informations historiques rend ce livre beaucoup plus intéressant ! Par contre ce que je n'ai pas aimé

  2. Anonymous says:

    Coucou, je viens de finir le tome 1 qui était super d'ailleurs ^^ Le tome 2 contient-il plus de combat que dans le Tome 1 ? Y-a t-il plus d'actions? Car je suis une jeune ado et j'avoue que la moitié du 1er tome m'a un peu ennuyée car il ne contenait pas trop de "magie" :)

    • MissMymoo says:

      Oh oui le tome 2 est bien plus entraînant ! Il se passe énormément de choses et on n'a pas le temps de souffler, il est encore meilleur que le premier j'espère que tu l'appréciera encore plus :)

  3. Coucou, est-ce que c'est la suite du Livre perdus des sortilèges ?

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