Laurent Gounelle, Les Dieux voyagent toujours incognito

Laurent Gounelle, Les Dieux voyagent toujours incognito, éd. Pocket, 2012.

Alan Greenmore fait parti de ces individus à qui la vie ne fait pas de cadeau. Abandonné de tous dès sa plus petite enfance, la rupture soudaine avec sa petite amie est la goutte d’eau qui fait déborder un vase trop longtemps rempli de déceptions. C’en est trop. Il décide d’en finir. Un article malencontreusement trouvé parle d’une faille dans les mesures de sécurité anti-suicide de la Tour Eiffel. C’est décidé, il ne reviendra pas en arrière : Alan en finira ce soir. Il tirera sa révérence en beauté.
Alors que tout est minutieusement prévu, un inconnu surgit de nulle part au moment fatidique et lui propose de transformer sa vie… en échange de la sienne. Un pacte est conclu. Alan retrouvera le goût des petits plaisirs du quotidien, affrontera ses peurs les plus enfouies, à une seule condition : Accomplir sans discuter toutes les tâches que ce Dubreuil lui dictera.

En bref : Comment expliquer qu’un individu que vous n’avez jamais rencontré auparavant s’intéresse subitement à votre sort, suffisamment pour vous sauver la vie et prendre votre avenir en mains ? Telle est la question que le principal protagoniste du roman, ainsi que le lecteur, se poseront tout au long de l’histoire. Dans un monde régit par l’intérêt personnel, où la générosité et les actes de bonté gratuite sont de plus en plus rares, ce cas de figure ne peut qu’inspirer le doute, si ce n’est la méfiance. D’autant que Dubreuil a l’art de semer le trouble sur sa vie et son passé.

« Il me rappelait de façon criante que ma situation n’était pas normale. Je ne pouvais pas continuer à fermer les yeux sur ce qui motivait un inconnu à s’intéresser à moi, à me conseiller, que dis-je, à me dicter ma conduite, et tout ça en me tenant fermement par les règles d’un pacte qu’il m’avait arraché dans des circonstances terribles. Un frisson me parcouru l’échine. » [p. 156]

Yves Dubreuil régissait désormais les moindres aspects de la vie torturée d’Alan Greenmore, tel un savant fou observant les résultats de ses expérimentations sur une souris de laboratoire.
Malgré les soupçons et les craintes que l’individu nous inspire, on ne peut que constater que son analyse de la vie, du fonctionnement psychologique de l’être humain, est tout à fait pertinente.

« – Tu as vécu des choses qui se sont, d’une certaine manière, gravées en toi, conditionnant la façon dont tu vois le monde, dont tu te comportes, tes relations avec les autres, tes émotions… Le résultat de tout cela est que ça ne marche pas, pour parler clairement. Ça te cause des problèmes et te rend malheureux. Ta vie sera médiocre tant que tu la vivras ainsi. Il faut donc opérer quelques changements. » [p. 42]

Nombre d’individus ont peur du changement, de l’inconnu, c’est un fait. C’est une des raisons pour laquelle ils préfèrent se morfondre perpétuellement au sein d’une situation ou d’un environnement hostile, plutôt que d’en changer pour un nouveau qu’ils ne connaissent certes pas, mais qui pourrait les rendre bien plus heureux.

« C’est la caverne de Platon ! Platon décrivait des gens nés dans une sorte de grotte très sombre dont ils n’étaient jamais sortis. Cette caverne était leur univers et, bien que glauque, elle leur était familière et donc rassurante. Ils refusaient obstinément de mettre le pied dehors car, ne connaissant pas l’extérieur, ils se l’imaginaient hostile, dangereux. Il leur était dès lors impossible de découvrir que cet espace inconnu était en fait empli de soleil, de beauté, de liberté… » [p. 139]

Son mentor impose donc une série sans fin de « tâches » plus incongrues les unes que les autres, dans le but unique de défaire Alan de ses phobies qui le bâillonnent au quotidien, dans tous types de situations de la vie :
S’affirmer en oubliant le regard des autres, cesser de chercher l’amour et la reconnaissance d’autrui, même s’il s’agit souvent de simples inconnus, en s’empêchant de vivre au prétexte que l’on pourrait « gêner »… Mais également affronter des situations plus complexes, des conflits professionnels et relationnels de plus grande ampleur.

« …quand, dans la vie, on s’arrange pour se tenir éloigné de tout ce qui nous fait peur, on s’empêche de découvrir que la plupart de nos peurs sont des créations de notre esprit. La seule façon de savoir si ce que l’on croit est erroné ou pas, c’est d’aller le vérifier sur le terrain ! C’est donc parfois utile de se prendre par la main, quitte à se faire en effet un peu violence, pour expérimenter ce qui nous angoisse afin de se donner une chance de réaliser qu’on s’est peut-être trompé. » [p. 107-108]

Mon avis : Ce roman est un véritable « traité de vie ». On ne peut s’empêcher de s’identifier à Alan Greenmore, quels que soient nos soucis, nos peurs ou nos petites (ou grandes) phobies qui nous paralysent au quotidien. Nous avons tous en nous des parts d’ombre que nous souhaiterions pouvoir effacer, afin de « vivre mieux », de nous libérer. En cela, le deuxième roman de Laurent Gounelle (après L’homme qui voulais être heureux) peut également se lire, au delà de son intrigue passionnante (Qui est vraiment Yves Dubreuil et pourquoi s’intéresse-t-il tant à Alan ?), comme un manuel de guérison psychologique. L’auteur est lui-même un spécialiste des sciences humaines, formé en France et aux Etats-Unis, où la thérapie comportementale est bien plus répandue que sur le vieux continent.
Pour résumer : préféreriez-vous passer des années chez un psy à lui confier vos angoisses, ou les régler en une séance de mise en situation, certes intense, mais efficace et rapide ?

« Ce matin-là, j’arrivai à la réunion hebdomadaire bien insouciant, loin de savoir que j’allais vivre l’une des pires heures de mon existence, qui serait à l’origine du changement le plus… bénéfique qui soit. La vie est ainsi ; on réalise rarement dans l’instant que les moments difficiles ont une fonction cachée : nous amener à grandir. Les anges se déguisent en sorcières et nous délivrent de merveilleux cadeaux soigneusement enveloppés dans d’ignobles emballages. » [p. 177]

Vous l’aurez constaté, cet ouvrage fut un réel coup de coeur à mes yeux. En n’ayant uniquement lu son résumé, j’espérais qu’il me plaise, mais je ne m’attendais certainement pas à y découvrir une source d’inspiration aussi profonde, dont les conseils peuvent aisément être applicables dans la vie quotidienne de chacun d’entre nous.
J’ai conscience que j’ai largement outrepassé le taux de citations insérées dans cette chronique. Je n’ai toutefois pas pu me résoudre à supprimer celles que vous avez pu découvrir précédemment. La sélection fut ardue, tant cet ouvrage est parsemé de conseils éclairés et de passages inspirants. La photographie ci-contre en est une preuve parlante !
Je conclurais donc par un dernier extrait, résumant parfaitement ce roman. N’avez-vous jamais repensé à un instant de votre vie où plusieurs chemins s’offraient à vous ? Qu’est-ce qui fait que l’on choisit l’un plutôt que l’autre ? Quelle aurait été notre vie si nous avions pris une toute autre voie ? Notre destin est-il déjà écrit d’avance, ou faut-il être le propre écrivain du roman de sa vie ?

« Une petite voix s’éleva en moi, infime chuchotement me soufflant que je devais affronter cette épreuve. Le rectangle métallique était certes tombé par hasard, mais le hasard, disait Einstein, c’est Dieu qui se promène incognito… J’eus le pressentiment que la vie me livrait cette épreuve pour me donner une chance d’évoluer et que si je ne saisissais pas l’occasion qui m’était offerte, je resterais à jamais englué dans mes peurs… » [p. 265]

Ma note :

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2 Responses to Laurent Gounelle, Les Dieux voyagent toujours incognito

  1. Serena says:

    J'ai beaucoup aimé ce roman, les phrases sont si justes, elles permettent de réfléchir et de s'évader à la fois 🙂

  2. Anonymous says:

    les dieux voyagent toujours incognito de laurent gounelle<br />je viens à cet instant de finir le lecture de ce chef d&#39;oeuvre de litterature et je n avais qu une seule envie parler de son géni; Lasse de la lecture ces dernuers temps je voulais lire un roman qui me captive et j ai été innoncemment sur internet ou j ai tapé le livre le plus lu au monde le titre était celui ci les dieux voyagent

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