Lisi Harrison, Monster High (Monster High #1)

Lisi Harrison, Monster High (Monster High #1), éd. Castelmore, mars 2011.
(Titre original : Monster High)
Le lycée de Merston High, à Salem, Oregon (et non pas Salem, Massachusetts, célèbre pour ses sorcières), ne se distingue en apparence d’aucun autre établissement scolaire du pays. Mêmes couloirs délavés, casiers uniformes accrochés aux murs. Seule la cantine détonne peut-être par son inhabituelle répartition en multiples secteurs distincts, certains spécifiquement réservés aux intolérants au gluten, aux végétariens, etc.
C’est le premier jour de cours pour Mélodie Carver, fraîchement débarquée de Beverly Hills où son chirurgien esthétique de père faisait des miracles, y compris sur le nez disgracieux de son asthmatique de fille. Un nouveau départ, excellent moyen de se « mettre au vert ». Et qu’y a-t-il de mieux pour soulager les bronches sensibles de Mélodie que l’air pur d’une petite ville des Etats-Unis ? Mais sous ses apparences tranquilles, Salem abrite bien des secrets…

En bref : Mélodie ne s’est jamais vraiment fait au nouveau nez que son père lui avait « offert » de corriger à la perfection. Auparavant, ses camarades californiens se contentaient de la montrer du doigt, la surnommant Nélodie. Elle avait même dû faire une croix sur son exceptionnel don pour le chant le jour où ses crises d’asthme avaient fait leur apparition. Malgré les intentions bienveillantes de ses parents, une intervention esthétique n’est pas la solution à tous les problèmes d’une adolescente déprimée. Bien au contraire. Mélodie ne se reconnaît plus. Elle reconnaît encore moins les camarades de son lycée de Beverly Hills, où l’apparence est reine. Ces derniers changent soudainement d’attitude à son égard. Mélodie ne supporte pas de voir sa personnalité réduite à sa simple apparence physique. Personne ne s’intéresse donc à ce qu’elle est, en tant qu’individu ?
Lorsque ses parents décident qu’il est temps de déménager à l’autre bout du pays, dans la petite ville de Salem, afin de soulager leur fille de ses crises d’asthme à répétition, Mélodie y voit une occasion de tout recommencer, en espérant secrètement qu’on la considérera enfin pour ce qu’elle est vraiment, et non pour son nouveau visage parfait.
C’est également le premier jour de classe pour une nouvelle élève dont la famille est pourtant installée depuis bien des années à Salem : Frankie Stein n’est pas une adolescente comme les autres. Elle est le fruit de la « conception » de son généralissime scientifique de père. Sa peau couleur « menthe à l’eau », les nombreux points de suture reliant chacun de ses membres, en font un modèle de perfection, mais également une curieuse créature dont les batteries ont besoin d’un rechargement régulier. Le jour où ses parents/créateurs lui apprennent qu’il est temps pour elle de quitter son « Glamoratoire » de chambre et de faire sa rentrée au lycée de Merston High, Frankie est impatiente de montrer au monde la perfection de ses traits… Mais ils lui confient également que les « normies« , plus communément connus sous le nom d’humains, ne sont pas tout à fait prêts à accepter cette vérité. C’est un lourd arsenal de camouflage qu’elle devra donc revêtir chaque jour, maquillant intégralement sa peau d’un fond de teint ultra-résistant, et cachant ses boulons cervicaux de foulards et cols roulés, afin de mieux se fondre dans la masse. Le coeur brisé, Frankie ne peut se résoudre à vivre dans le mensonge. Pourquoi les « monstres », les RAD comme ils se surnomment entre eux, n’auraient-ils pas le droit de faire leur coming-out ?
Mon avis : Monster High est un premier roman léger et résolument destinés aux très jeunes adolescents. Sa lecture fluide ne marque pas par sa grande qualité littéraire. Il offre néanmoins un moment divertissant. Histoires d’amour et d’amitié contrariées mises à part, on appréciera surtout un plaidoyer contre le refus de la différence, et contre des préjugés qui se bornent aux apparences physiques sans pour autant considérer que chacun d’entre nous est unique et dispose d’une personnalité à part entière, au delà de la couleur de sa peau, de la forme de son corps ou de tout autre particularité sortant des normes dictées par notre société. L’apparence physique ne doit pas entraîner des opinions préconçues sur une personne, avant même d’avoir tenté de mieux la connaître pour ce qu’elle est réellement. Une belle ode à la tolérance, qui est la base de cette saga.

« Je refuse de céder à l’intimidation. Je veux me battre. Je veux que les gens cessent d’avoir peur de leurs différences. » [Chap. 27]

Point négatif : Une avalanche de mentions de marques de notre quotidien, qui pourrait parfois dévaluer l’histoire principale au profit d’un support commercial destiné à la promotion de telle ou telle ligne de grand designer, constructeur automobile et j’en passe, surtout à l’attention d’un public jeune, particulièrement réceptif et influençable.

« Mais l’interruption du flux électrique avant le chargement complet de ses batteries pouvait occasionner des pertes de mémoire, des évanouissements, voire un coma. Le bon côté des choses, c’est qu’elle n’avait jamais besoin de recharger son iPod Touch. Tant qu’il était à proximité du corps de Frankie, il avait plus de jus qu’un Tropicana. » [Chap. 2]

Monster High connaît un tel succès que tous ses droits d’exploitation ont été rachetés par Mattel, la célèbre marque de jouets pour enfants (commercialisant également la célèbre Barbie). Rien d’étonnant à ce que de nombreuses poupées à l’effigie des personnages de la saga, également adaptée en dessin animé, vidéos YouTube, clips musicaux, jeux vidéos et j’en passe, viennent agrémenter la collection des jeunes lecteurs. Après avoir été le support des marques largement évoquées tout au long des livres, l’univers de la saga Monster High tombe donc dans le cercle vicieux du merchandising extrême. Espérons seulement qu’il ne pousse pas ce roman, qui aurait pu être prometteur pour le jeune public, dans les abysses avant l’heure…

Ma note :

 

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