S.J. Watson, Avant d’aller dormir

S.J. Watson, Avant d’aller dormir, éd. Sonatine, 2011

(Titre original : Before I go to Sleep)

Après un terrible accident, Christine se réveille chaque matin en ayant oublié les jours passés. Un éternel recommencement qui pourrait rendre fou. Jusqu’à ce que son psychiatre lui conseille de tenir un journal de ses journées, qu’elle relira chaque lendemain. Cette initiative est censée l’aider à stimuler sa mémoire et peut-être recouvrer ses souvenirs à moyen et long terme. Jusqu’à ce qu’elle constate d’étranges différences entre les réponses à ses questions que lui donne Ben, son mari, et ce qu’elle note méticuleusement chaque soir… Pourquoi tant de mensonges ? Qui croire ? Qu’est-il vraiment arrivé à Christine ? Son accident en était-il vraiment un ?

En bref : Christine Lucas se réveille chaque matin en ayant oublié les événements survenus la veille. Près d’elle dans le lit, un homme. elle ne se rappelle pas comment être arrivée là, et qui est cet individu. Elle se faufile jusque dans la salle de bain, où elle découvre le visage d’une femme d’âge mûr dans le miroir, son propre visage, avec de nombreuses années en plus au compteur. Des photographies d’elle et de l’homme en question sont accrochées autour du cadre. Des annotations lui indiquent qu’elle se nomme Christine, et que la personne à ses côtés, Ben, est son mari. Une succession d’émotions et de pensées se bousculent chaque jour lors de cette perpétuelle découverte, à la fois violente et toujours déroutante.
Une fois Ben réveillé, les mêmes questions s’enchaînent. Ben lui explique jour après jour les mêmes évidences. Leur rencontre, leur mariage, lui fait un rapide tour du propriétaire avant de la quitter pour se rendre au travail.
C’est alors qu’un téléphone sonne. Portable. Étrange technologie. Christine est amnésique depuis bien longtemps. Il ne s’agit pourtant pas de celui que Ben lui a montré avant de partir. Elle décroche. Un homme, le Dr Nash, se présente à elle comme étant son psychiatre. Ils travaillent ensemble à un exercice pour tenter de stimuler sa mémoire et reconstituer les événements de son passé. Mais Christine ne se souvient de rien. Le Dr Nash lui conseille de regarder dans une boîte à chaussures, rangée dans son placard. Un journal intime y est caché : son journal. Elle y note scrupuleusement les détails de chaque journée passée, avant d’aller dormir, avant de tout oublier, et de tout relire le lendemain.
C’est ce journal que nous découvrons au fur et à mesure de son écriture, au même rythme que Christine elle-même.

« Sans couper la communication, je suis allée jusqu’à l’armoire. Il avait raison. Au fond se trouvait une boîte à chaussures – une boîte bleue avec le mot Scholl écrit sur le couvercle bancal – et, à l’intérieur, un cahier emballé dans du papier de soie. […] Je l’ai ouvert à la première page. J’ai vu ce que j’avais écrit. Mon nom est Christine Lucas. J’ai quarante-sept ans.  Je suis amnésique. Je me suis sentie nerveuse, excitée. C’était comme espionner, mais c’est moi que j’espionnais. » (p. 61)

Un seul détail : Ben n’est pas au courant. Il désapprouverait. Doit-elle faire confiance à ce psychiatre, un inconnu qu’elle ne se rappelle même pas avoir rencontré, plutôt qu’à celui qui prétend être son époux depuis plus de vingt ans ? Certains détails écrits de sa propre main sur son journal ne font que semer un peu plus le doute dans son esprit embrumé. 

« Je me sens tendue. Je ne sais pas ce que je vais trouver dans ce livre. Ce qui va choquer et surprendre. Quels mystères. Je vois l’album photos posé sur la table basse. Il s’y trouve une version de mon passé, choisie par Ben. Le volume que je tiens en contient-il une autre ? Je l’ouvre.
La première page est blanche, sans lignes. J’ai écrit mon nom à l’encre noire au milieu. Christine Lucas. Je m’étonne de ne pas avoir écrit Personnel ! en dessous. Ou Lecture interdite !
Quelque chose a été ajouté, quelque chose d’inattendu, de terrifiant. De plus terrifiant que tout ce que j’ai vu aujourd’hui. Là, sous mon nom, à l’encre bleue et en lettres majuscules, se trouvent les mots suivants :

NE PAS FAIRE CONFIANCE A BEN

Mais il n’y a rien que je puisse faire. Je tourne la page. Je commence à lire l’histoire de ma vie. » (p. 45)

La situation empire vite lorsque les explications de Ben semblent largement diverger des souvenirs que Christine parvient à rassembler et qu’elle consigne scrupuleusement dans son journal. Son mari lui ment. Mais pourquoi ? Et jusqu’à quel point ? Sa vie entière est un mystère, mais est-elle également devenue une escroquerie ?

« Je le sais aujourd’hui. Mon mari me raconte une version de la manière dont je suis arrivée à ne plus avoir de mémoire, mon intuition m’en souffle une autre. Je me demande si j’ai jamais demandé au Dr Nash ce qui s’est passé. Et même si je l’ai fait, puis-je croire ce qu’il me dit ? La seule vérité est celle qui est écrite dans ce journal.
Écrite par moi. Je dois m’en souvenir. Écrite par moi. » (p. 195)

Alors que les mensonges de Ben semblent se confirmer, Christine doute de toutes les personnes qui l’entourent. Ne pouvant se fier à sa mémoire, elle se tourne alors vers sa seule option encore crédible : son journal. Et si elle-même était prise d’accès de paranoïa ? Ses écrits sont-ils réellement fiables ?

« Je connais la vérité. Ma propre vérité, pas celle qu’on m’a dite, mais celle que je me suis rappelée. Et elle est écrite désormais, esquissée dans ce journal plutôt que dans ma mémoire, mais malgré tout permanente.
Je me rends compte que le livre que je suis en train d’écrire […] pourrait être dangereux, aussi bien que nécessaire. Ce n’est pas une fiction. Il pourrait révéler des choses qu’il vaudrait mieux laisser ignorées. Des secrets qui ne doivent pas remonter à la lumière. » (p. 110) 

Mon avis : Le thriller le plus entraînant que j’ai lu depuis bien longtemps ! La seconde et principale partie de ce roman est rédigée de façon à ce que le lecteur lise le journal de Christine en même temps que celle-ci le relit chaque matin, afin de se remémorer les faits ayant eu lieu et les souvenirs étant revenus les jours précédents. Cette technique ancre encore plus le lecteur dans le roman, et l’amène à se mettre à la place de Christine, à douter de tout, remettre en question tous les faits qu’il prenait pour acquis, remettre en question toutes les personnes qui entourent le personnage principal. La paranoïa est poussée à son paroxysme jusqu’aux dernières pages du roman, l’auteur nous tenant en haleine jusqu’au bout.
Une merveille littéraire pour le premier roman de cet auteur, à la hauteur des plus grands thrillers contemporains.

Ma note :

Ce roman est aujourd’hui adapté au cinéma, voici la bande-annonce du film :

Bonne lecture !
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14 Responses to S.J. Watson, Avant d’aller dormir

  1. Anonymous says:

    oui, une toute petite suite, juste pour savoir si elle se rapelle.

  2. Anonymous says:

    Livre au top j'aimerais juste qu'il y ais une suite !!

  3. Caro says:

    Pas encore terminé… mais gros suspense ! Je n&#39;ai jamais lu un livre aussi vite, tellement il est captivant. Je ne peux pas le lâcher… <br />Je découvre ton blog grâce à ce livre. J&#39;adore ! de bons moments de lecture en perspective grâce à tes conseils… avisés. 🙂

  4. matelas says:

    Ce que je n&#39;ai pas encore lu. J&#39;ai parlé assez bien de lui.

  5. Sylvie says:

    Époustouflant! Ce livre retient toute notre attention du début à la fin. Une pure merveille! À lire absolument!

  6. Anonymous says:

    Livre lu, une merveille.

  7. Anonymous says:

    L&#39;intrigue est bien longue à émerger…

  8. Anonymous says:

    simplement excellent……….une construction qui relève du tour de force!et qu&#39;une seule envie:connaitre la fin!!!!

  9. Anonymous says:

    J&#39;ai aussi été scotchée par ce livre au point de négliger les tâches habituelles pour pouvoir me replonger dans l&#39;intrigue le plus rapidement possible.

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