Y.S. Lee, Le Pendentif de Jade (The Agency #1)

Y.S. Lee, Le Pendentif de Jade (The Agency #1), éd. Nathan, 2010

(Titre original : The Agency – A Spy in the House)

Londres, milieu du XIXe siècle. La City est en pleine rénovation, les quais de la Tamise sont nauséabonds et il ne fait pas bon être une femme durant l’époque victorienne si guindée à l’égard du beau sexe. Alors que la société limite le sort des femmes au mariage et à la conception d’héritiers, qui irait soupçonner qu’une demoiselle aux airs innocents puisse être en réalité un espion infiltré, travaillant pour le compte d’une Agence au service de Scotland Yard ? Si l’ancêtre de James Bond était une femme, il ne pourrait être que Mary Quinn.

En bref : Mary Lang n’est pas une jeune fille comme les autres. Du haut de ses dix-sept ans, elle est sur le point de se faire passer la corde au cou par le tribunal de Londres suite aux nombreux vols dont elle est accusée. Cette demoiselle à l’apparence singulière, Irlandaise par sa mère et Chinoise par son père, erre dans les rues mal famées de Londres depuis la mort de ses deux parents, tentant de survivre au jour le jour.
Par un mystérieux revirement de situation, le destin lui offre une seconde chance : Une évasion in-extremis de la prison avant son exécution, une nouvelle identité et un nouvel avenir. Celle qui se fait désormais appeler Marie Quinn est la dernière petite protégée de l’Institution pour Jeunes Filles de Miss Scrimshaw,  qui apporte la promesse d’un futur meilleur avec l’éducation qu’elle apporte à ses pensionnaires.

« Je m’appelle Anne Treleaven, dit-elle, et je suis la directrice de l’Institution pour Jeunes Filles de Miss Scrimshaw, où tu te trouves. Sa fondatrice était aussi riche qu’excentrique, et souhaitait aider les femmes à accéder à une certaine indépendance. Dans notre pays, l’éducation des filles est le plus souvent tout à fait insuffisante, même pour les riches, et beaucoup n’y ont pas même accès. Voilà pourquoi Miss Scrimshaw a fondé cette école. » (p. 10)

Elle constitue aussi une excellente couverture pour une mystérieuse organisation : L’Agency. Dirigée par Miss Anne Treleaven et Mrs Felicity Frame, cette société secrète regroupe de nombreuses jeunes femmes à qui l’Institution a offert une très bonne éducation, pour enquêter sur les affaires sensibles sur lesquelles Scotland Yard peine à trouver une issue favorable.

« – L’Agency est en quelque sorte le prolongement de l’Institution. C’est là que nous faisons jouer le stéréotype de la docile servante à notre avantage. Puisqu’on considère les femmes comme des créatures superficielles, sottes et faibles, nous nous retrouvons finalement, dans des situations comparables, mieux placées que les hommes pour observer et pour apprendre. […] Là où, dans la même situation, un homme éveillerait rapidement les soupçons, nous avons constaté qu’un de nos agents travaillant comme gouvernante ou comme domestique, par exemple, passe le plus souvent complètement inaperçue, ajouta-t-elle malicieusement. Nous avons également remarqué que les femmes bien entraînées sont en général plus perspicaces et moins arrogantes. Elles ont même moins tendance à se tromper, non pas parce qu’elles se montrent plus intelligentes ou plus chanceuses, mais parce qu’elles échafaudent moins de suppositions et se fient moins aux évidences. Et contrairement à ce qu’on prétend, elles font souvent preuve de plus de logique. » (p. 28-29)

Pour sa première mission, Mary Quinn est engagée au sein du foyer des Thorold comme demoiselle de compagnie d’Angelica, d’une jeune fille gâtée et capricieuse. L’Agency souhaite découvrir des preuves accréditant la thèse selon laquelle Mr. Thorold serait mêlé à un trafic d’oeuvres d’art orientales, en lien avec ses nombreuses activités marchandes entre l’Angleterre et l’Extrême Orient.
Mary Quinn y connaît ses premiers ajustements en tant qu’espionne. Son enquête sera semée d’embûches, les apparences étant souvent trompeuses, à l’image de cette jeune fille qui serait bien la dernière personne à être soupçonnée d’agir en tant qu’espion, mais les protagonistes de l’affaire peuvent également afficher un double visage…
Mon avis : Une belle enquête policière dans la lignée des romans d’Agatha Christie (Hercule Poirot) et de Ian Fleming (James Bond), où l’héroïne féminine n’a rien à envier à ses comparses masculins, au cours d’un siècle où la condition de la femme n’est pas des plus enviables.
A destination d’un public plus jeune, la lecture de ce premier roman d’une saga se veut donc plus fluide que les traditionnels romans policier du genre.
Le cadre historique est habilement recréé, l’auteure nous immergeant dans le Londres de 1858, où les conditions sanitaires constituent un réel problème pour la population, la Tamise étant devenue une réelle déchetterie, pour le plus grand inconfort des habitants de ses abords.
L’intrigue est méticuleusement dressée, même si l’on pourrait regretter quelques longueurs durant la première moitié de l’ouvrage, où le lecteur serait tenté de s’impatienter, ne voyant toujours pas l’enquête évoluer.
L’auteure se concentre parfois sur la recherche d’informations quant au passé de son personnage principal, ce qui n’est pas inintéressant, bien au contraire !
Il y est également question de métissage (question qui me tient à cœur), de sa double origine irlandaise et chinoise que Mary Lang met tant d’effort à dissimuler, de peur des traditionnels préjugés sans fondements, déjà bien ancrés à l’époque.

« – Je n’ai pas honte d’avoir un père chinois, avança-t-elle prudemment. Mais la plupart des Anglais sont pleins de préjugés : ils considèrent les étrangers, surtout ceux à la peau foncée, comme inférieurs. Ils sont persuadés que nous ne sommes que des pauvres d’esprits aux mœurs douteuses. […] Pour les Chinois, je ne suis qu’à moitié chinoise, et pour les Blancs, mon sang est souillé. Je n’ai plus de famille, personne qui me ressemble… Je ne suis à ma place nulle part ! » (p. 204-205)

Si certains rebondissements peuvent être aisément devinés, l’issue du roman est totalement insoupçonnée ! On en redemande…
Ma note :
Voici ma chronique vidéo concernant la saga des trois volumes parus jusqu’à ce jours (sans spoilers) :

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2 Responses to Y.S. Lee, Le Pendentif de Jade (The Agency #1)

  1. Cess says:

    Celui-là je viens de le recevoir et me réjouis de le lire depuis le temps que je le note…

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