Max Brooks, World War Z

Max Brooks, World War Z, éd. Calmann-Lévy (Collection Interstices), 2009.

(Titre original : World War Z, 2006)

(Egalement paru au Livre de Poche en 2010)

Une nouvelle Guerre Mondiale a ravagé l’intégralité de la surface de la Terre. Une guerre d’une toute autre nature, celle des Zombies.
Ce recueil de témoignage est le fruit d’un dur labeur, à recueillir patiemment les versions de divers protagonistes de ce tragique événement de l’Histoire de l’humanité. Des personnalités ayant directement influencé le dénouement de cette guerre, aux simples civils enrôlés par le fait du hasard, cet ouvrage brasse un éventail quasi-exhaustif de tous les aspects de la Guerre des Zombies, aux quatre coins du globe, sur et sous terre, sur et sous les mers, aucun recoin de la planète n’ayant été épargné.

En  bref : Mandaté par l’ONU pour remettre un rapport le plus exhaustif possible, visant à recueillir un maximum d’informations sur les tenants et les aboutissants de la Guerre des Zombies, achevée il y a une douzaine d’années maintenant, l’auteur de ce recueil de témoignages poignants voit son oeuvre considérablement tronquée par les autorités, qui la jugent trop « humanisée » pour une institution internationale souhaitant « théoriser » le fait historique. On lui conseille donc de publier de lui-même un ouvrage compilant toutes ces confidences. C’est de ce livre qu’il est question. L’ouvrage se divise en plusieurs parties, marquant les grandes phases de l’avancée de la Guerre des Zombies. Chaque chapitre prend la forme d’une interview d’un protagoniste de cette tragédie. Sous forme de questions-réponses menées par l’auteur, la personne interrogée est amenée à nous faire part de sa participation au conflit, de ses souvenirs des événements, et de son ressenti face à cette catastrophe.
Petit à petit, nous découvrons l’origine de cette contamination, depuis le Patient Zéro, par le biais du médecin de campagne chinois qui l’examina, aux premières contaminations recensées dans les hôpitaux, la « maladie » n’ayant pas encore été identifiée avec précision.
Tous les types de transmission du virus ont été balayés, jusqu’aux plus atypiques, comme par exemple, la question des trafics d’organes :

« Il faut retirer le cœur juste après le décès de la victime… Parfois même avant sa mort… Ils n’ont jamais hésité, vous savez, ils retiraient les organes de types encore vivants pour s’assurer de leur fraîcheur… Avant de les flanquer dans la glace et de les expédier par avion à Rio… La Chine était le plus grand exportateur d’organes humains sur le marché international. Qui sait combien de cornées, combien d’hypophyses infectées… Sainte mère de Dieu, qui sait combien de reins infectés ils ont mis sur le marché ? Et encore, je ne vous parle que des organes ! Vous voulez qu’on discute des « dons » d’ovocytes des prisonniers politiques ? De leur sperme, de leur sang ? Qu’est ce que vous croyez ? Que c’est l’immigration la seule responsable de la propagation de l’épidémie partout sur cette planète ? Les premiers foyers d’infection n’ont pas tous éclaté en Chine, hein. Comment vous justifiez cette recrudescence de décès inexpliqués ? Toutes ces personnes qui se réaniment sans même avoir été mordues ? Pourquoi il y a eu autant d’épidémies dans les hôpitaux ? Les immigrés clandestins chinois ne vont pas à l’hôpital. Vous savez combien de milliers de personnes ont bénéficié d’une transplantation d’organe illégale les quelques années avant la Grande Panique ? Même si on ne compte que 10% d’infectés… Même 1%… » [p. 41]

Rien n’est épargné au lecteur. Des témoignages plus poignants les uns que les autres, sur la prise de conscience du problème, l’ampleur de la menace, la gestion de la crise, de ses débuts chaotiques aux décisions les plus inhumaines mais inévitables qui s’imposaient, sacrifier les uns pour sauver les autres et préserver un minimum l’humanité. Ainsi que les conséquences qui en découlaient sur la santé mentale des généraux et militaires, voire des simples citoyens confrontés à une réalité proche de l’apocalypse :

« J’avais tout planifié. Je comptais dissimuler ma colère pour ne pas l’alarmer. Je lui ferais mon rapport et lui présenterais mes excuses pour mon comportement. Il s’embarquerait alors dans une conversation un peu forcée, histoire de m’expliquer ou de justifier la retraite générale. […] Et puis au moment de nous serrer la main, je sortirais mon arme et je lui ferais sauter sa putain de cervelle d’Allemand de l’Est, histoire d’éclabousser sa carte de l’Allemagne avec. […]
Mais ça ne s’est pas passé comme ça.
Non. Pourtant j’ai réussi à pénétrer dans le bureau de Lang. Nous étions la dernière unité à rentrer. Ils nous avaient attendus. Dès qu’on lui a signalé notre arrivée, il s’est assis à son bureau, il a signé quelques ordres, écrit une lettre à sa famille, puis il s’est tiré une balle dans la tête.
Salaud. Je le hais encore plus maintenant. Plus que pendant tout le trajet depuis Hambourg.
Pourquoi ça ?
Parce que, aujourd’hui, je comprend pourquoi nous avons agi ainsi, le plan Prochnow (2).
(2) La version allemande du plan Redecker.
Et ça ne vous le rend pas plus sympathique ?
Vous plaisantez ? C’est justement pour ça que je le déteste ! Il savait parfaitement que ce n’était que la première étape d’une guerre qui durerait des années et qu’on allait avoir besoin de types comme lui pour nous aider à la gagner. Sale trouillard. Vous vous souvenez de ce que je vous disais tout à l’heure ? Ce sentiment d’être liés à notre conscience ? On ne peut blâmer personne. Ni le plan de l’Architecte, ni nos officiers, personne. Personne d’autre que nous. On doit faire des choix et vivre ensuite chaque jour en mesurant pleinement l’étendue des conséquences de ces choix. Il le savait. C’est pour ça qu’il nous a abandonnés comme il a a abandonné tous ces gens. Il savait quelle route nous allions emprunter, une route sinueuse, dangereuse et abrupte, une route de montagne. On allait tous la grimper, cette route, et on allait tous devoir y pousser notre rocher. Lui, il n’a pas pu. Le fardeau était trop lourd. » [p. 156-157]

Mon avis : Du début à la fin de cette guerre « imaginaire », Max Brooks brasse tous les paramètres entrant en ligne de compte si une telle catastrophe venait à se produire. L’auteur du désormais célèbre Guide de survie en territoire zombie (2009), également cité dans cet ouvrage par les protagonistes, ce qui renforce le réalisme de la narration, pense à tout, là où les autres créateurs de romans du même genre nous laissent « sur notre faim » (désolée du jeu de mot), sans apporter de réelle réponse à nombreuses de nos questions : Qui était le Patient Zéro ? Comment la maladie se transmet-elle ? Les zombies résistent-ils au froid, se noyent-ils sous l’eau ? Qu’adviendrait-il des hommes isolés dans la SSI (Station Spatiale Internationale) sans aucune aide de leurs équipes sur Terre pour les rapatrier ?
Plus encore, l’extrême sentiment de réalisme est exacerbé par l’encrage dans la réalité des événements plus ou moins récents de notre propre histoire, et comment ces derniers pourraient influencer les réactions de la population et des institutions en cas de pareille crise. Pour exemple, l’interview d’un des anciens dirigeants de la CIA durant la Guerre des Zombies :

« Non, nous ne sommes pas une superpuissance de l’ombre, gardienne de secrets immémoriaux ou détentrice de je ne sais quelle technologie extraterrestre. Nous avons des limites bien réelles et des buts extrêmement précis. Alors pourquoi perdre notre temps à étudier chaque danger potentiel ? Ce qui nous ramène au second mythe, le véritable rôle d’une agence de renseignements. On ne peut pas se permettre d’envoyer nos agents un peu partout dans le monde, dans l’espoir qu’ils démasquent je ne sais quel nouveau complot. Au contraire, on doit se focaliser sur les dangers existants. Si notre voisin soviétique essaie de fouttre le feu chez nous, on n’aura pas le temps de se préoccuper de l’Arabe du coin. Si ensuite on tombe nez à nez avec ce même Arabe dans le jardin, on n’aura pas davantage le temps de s’occuper de la République populaire de Chine, et si un jour les Chinois sonnent à la porte avec un avis d’expulsion dans une main et un cocktail Molotov dans l’autre, la dernière chose qu’on va faire, c’est regarder derrière nous pour vérifier si un mort-vivant ne se balade pas dans le coin. » [p. 68-69]

Une autre particularité accentuant le réalisme de cette histoire : Les notes de bas de page accréditant les faits (voir citation précédente).
En résumé, un excellent roman d’anticipation, dont l’intérêt n’est pas uniquement une simple histoire de zombies, mais l’éventualité des réactions de l’humanité lorsque celle-ci est acculée dans ces derniers retranchements.

Ma note : 

Une adaptation cinématographique incluant Brad Pitt au casting, vient de sortir le 3 juillet dans les salles obscures en France. Retrouvez ma chronique sur cette adaptation ici.

Voici ma chronique vidéo du roman ainsi que mes premières impressions concernant la bande-annonce du film :

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4 Responses to Max Brooks, World War Z

  1. Emilie Mily says:

    Il à l'air sympa je vais le rajouter dans ma Wish-List Bsx

  2. Hortense says:

    Tu attises ma curiosité, je note parmi mes prochains livres à lire, merci ! 🙂

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