Kim Un-Su, Le Placard

Kim Un-Su, Le Placard, éd. Ginkgo, mai 2013

(Titre original : The Cabinet)

Un trentenaire coréen tente d’occuper ses journées au mieux, après que sa tâche quotidienne au sein de l’Institut, qui consiste à vérifier le matériel qu’on leur livre, soit achevée. En parcourant les étages, il fait la découverte d’un mystérieux placard verrouillé, dont il se prend au jeu de trouver la combinaison. Une fois le code percé, c’est une multitude de dossiers étranges face auxquels il est confronté. Des personnes dont l’existence s’est subitement transformée, présentant des cas inexpliqués et totalement inimaginables dans ce monde réel : un arbre poussant sur un doigt, un dédoublement de corps, un saut dans le temps… Très vite, l’employé découvrira qu’il n’est pas uniquement question de mutations isolées et sans fondement, mais de « symptômes » plus fort face à une société dans laquelle l’être humain a de plus en plus de mal à s’adapter.

En bref : Un trentenaire à la vie tout à fait ennuyeuse tente d’occuper ses journées au sein de l’Institut qui l’emploie. Il y découvre un placard recelant de nombreux dossiers. Ces derniers font état de cas très étranges d’individus présentant des mutations diverses et totalement inimaginables. Un homme à qui un arbre pousse sur son auriculaire, une femme faisant des bonds dans le temps et à qui il manque de très nombreux moments de sa vie, un autre qui « hiberne » durant de plus ou moins longues périodes, toutes saisons confondues, ou encore ce cas très étrange de dissociation de corps…
Que signifient ces bizarreries de la nature ? Le Dr Kwon, en charge de cette étude, initie presque contre son gré notre employé trop curieux à ce qu’il appelle les « symptomatiques ».

« […] l’espèce évoluerait quand le terrain lui en intimerait le besoin. Lorsqu’elle ne peut plus supporter lesdits changements extérieurs, elle évolue d’une manière subite […]. Son hypothèse est que les modifications externes accéléreraient l’évolution des espèces. Aujourd’hui plus que jamais, notre espèce aurait ce besoin urgent de muter. […] Sans doute est-ce inévitable : le monde change, l’essence de l’homme qui vit dans ce nouvel environnement doit donc changer, pas une certaine essence philosophique ou éthique mais biologique. […] Nombreux sont ceux qui annoncent l’arrivée d’une nouvelle espèce. Faute d’un terme existant et d’une définition scientifique appropriée pour les désigner, nous les appellerons « détenteurs de symptômes » ou, plus couramment, « symptomatiques ». Les symptomatiques sont plus ou moins hors normes. Disons qu’ils sont entre l’homme actuel et l’homme à venir. Ils peuvent être les derniers des hommes autant que les premiers. » (p. 29-30)

Au delà de chaque cas étrange, l’auteur nous amène implicitement à une réflexion sur la raison profonde pour laquelle ces personnes ont développé telle ou telle mutation précise. Dans leur cas, leurs conditions de vie ne leur convenaient plus. Telle personne sans arrêt occupée et débordée par la vie et ses responsabilités va soudainement disparaître de la surface de la Terre, pendant un laps de temps pouvant varier de quelques heures à quelques mois. Lorsqu’elle réapparaît, le monde a continué à tourner sans elle, rien ne s’est écroulé. Serait-ce un message implicite selon lequel, quelles que soient les excuses que nous nous créons pour justifier nos excès, la vie nous rattrape et nous fait savoir que nous ne sommes pas destinés à ce mode de fonctionnement ?

« Dr Kwon dit que le moment est venu pour l’espèce humaine de céder sa place. Comme les dinosaures se sont résolus sagement à tirer leur révérence, les humains vont quitter l’Histoire. Pourquoi ? Ben, il semble qu’ils ne supportent plus la civilisation qu’ils ont bâtie. Quelle poilade ! Ce n’est même plus la question de l’environnement, c’est l’ordre qu’ils ont construit eux-mêmes qui les pousse vers la sortie. Au suivant ! » (p. 30)

Mon avis : Plus largement, Le Placard aborde la question de la différence et de la tolérance, le tout sur un ton profondément caustique. Tous les cas décrits dans cet ouvrage illustrent la grande diversité de l’humanité, dans ce qu’elle a de plus « bizarre ».
Nous avons tous nos petites manies, nos étranges habitudes, personne n’est parfait. Qui ne s’est jamais posé la question : « Pourquoi suis-je comme je suis ? Ne pourrais-je pas être simplement normal, comme cet inconnu dans la rue ?« 

« Arrive un moment où quelque chose apparemment sans rapport avec nous pénètre au cœur de notre existence et s’impose à nous. Qu’on le veuille ou non, l’incompréhensible, l’étrange, errent autour de nous et nous sommes tous brassés ensemble dans ce récipient complexe qu’est le monde. Vivre ensemble ? Ce n’est pas une question de solidarité humaine, c’est le centre même de la condition humaine. » (p. 202)

Au delà de cet incroyable roman décapant tant par son franc parler que par l’excentricité des cas qu’il nous rapporte, je noterais la présence à foison de passages plus inspirants les uns que les autres, et d’autres criants de vérité. En voici quelques uns :

« Il n’y a pas de période que l’on ne puisse supporter. S’il y en avait une, je ne serais plus en vie.. Nous vivons des souvenirs heureux. Mais nous vivons aussi des souvenirs malheureux. » (p. 109)

« Chats domestiques ou chats sauvages, les félins n’appartiennent jamais à quiconque. Ni Dieu ni maître. Pour lui vous êtes quelque chose comme un majordome, un serviteur, ou, exceptionnellement, un ami. Si vous négligez vos devoirs, il vous grondera majestueusement d’un « Miaou ! » en guise d’avertissement. « Miaou !« , en chat, ça veut dire que l’écuelle est vide. » (p. 133)

« Un copain me dit : « Les malheurs n’arrivent pas en forme de remboursement mensuel. Ils arrivent toujours en somme brute. C’est pour ça que c’est difficile de les gérer. » » (p. 165)

 
Ma note pour ce livre (entre 1 et 5 étoiles) : 
Voici ma chronique vidéo pour ce livre :

Cet ouvrage m’a été envoyé par le service presse des éditions Ginkgo, je les en remercie.
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