Libba Bray, Belles dans la Jungle

Libba Bray, Belles dans la Jungle : Manuel de survie à l’usage des miss en milieu hostile, éd. Gallimard Jeunesse, février 2013.

(Titre original : Beauty Queens)

Un avion rempli de miss adolescentes s’écrase sur une île déserte. Que faire ? Les quelques survivantes sont perdues. Cela  n’était pas mentionné dans le manuel de la parfaite « Miss Fleur de Beauté » distribué par La Firme ! Continuer à s’entraîner en attendant que les secours arrivent ? Ou tenter de survivre par soit-même et mettre un terme à toutes ses règles dégradantes qui leurs sont imposées ?

« Ce livre commence par un accident d’avion, mais ne vous en faites pas pour ça. Selon le ministère américain des Statistiques inutiles, la probabilité de mourir dans un accident d’avion est d’une sur un demi-million. Alors que celle de se faire arracher son bas de maillot par une grosse vague est de deux sur une. Par conséquent et tout bien considéré, il est plus sûr de prendre l’avion que d’aller à la plage. Comme nous le disions en ouverture, ce livre commence par un accident d’avion, mais il y a des survivantes. Vous voyez ? Ça s’arrange déjà. Ces survivantes sont des miss. » [p. 9]
 
En bref : Une quinzaine de miss réchappent d’un crash aérien et sont tiraillées entre le « devoir de poursuivre la compétition » et s’adapter à une nouvelle vie sauvage. Au fur et à mesure que les jours passent, l’espoir de voir venir les secours s’amenuise, celui de poursuivre le concours également.
Loin de la civilisation moderne, envahie par les étiquettes commerciales de « La Firme », les filles commencent à se questionner sur leurs réelles motivations quant à participer à ce concours et réapprennent à s’accepter chacune pour ce qu’elles sont vraiment.

« – J’ai repensé au livre dans lequel des garçons se retrouvent sur une île après que leur avion s’est écrasé, dit un jour Mary Lou à Adina tandis qu’elles se partageaient une papaye, appuyées sur les coudes dans le sable.
Sa Majesté des mouches ? Et alors ?
– Tu dis qu’il ne donne pas la véritable mesure de l’humanité parce qu’il n’y a pas de filles dedans. Je me suis demandée si l’histoire aurait été différente avec des filles.
– Et ?
Mary Lou s’essuya la bouche du dos de la main.
– Possible que les filles aient besoin d’une île pour se trouver. D’un endroit où personne ne les surveille pour être ce qu’elles sont vraiment. » [p.208] 

Mon avis : Ce roman est empreint tout du long d’un ton humoristique et satirique dont le ton est donné par les commentaires décalés, tout en se voulant sérieux, des présentateurs de l’émissions, dénonçant la bêtise de certains comportements fortement exacerbés.

« Or donc, notre histoire commence par un plongeon brutal du haut du ciel au milieu des cris et des prières, tandis que l’équipe caméra, n’écoutant que son courage, ne perd pas une miette de l’agitation et du drame : quelle chance pour l’émission ! Les producteurs vont êtres dingues ! L’Audimat va exploser. Soudain, quelques rares hôtesses se précipitent dans les allées en hurlant des ordres et en vérifiant les fermetures des casiers à bagages, qui vibrent au-dessus des têtes. Une des jeunes filles entraîne les autres à chanter un hymne qui s’intitule Jésus est mon copilote. Les voilà rassurées. Comme si elles ne doutaient pas un instant qu’un barbu drapé de blanc et portant des sandales soit en train d’enfiler un casque et de prendre les commandes de l’avion. » [p. 11]

La multitude de spots publicitaires intercalés à chaque référence ouvrant potentiellement la porte à un produit de la Firme renforce l’effet repoussant de cette société consumériste à l’extrême.
Au delà, c’est une dénonciation d’une société de consommation poussée à l’extrême, intolérante et où une seule forme de beauté peut trouver sa place. Tout est bon pour répondre à ses critères, même si cela signifie renier sa personnalité, ses convictions, ses émotions, sa nature profonde ou modifier son apparence physique jusqu’à la torture.

« Etre seule ne lui faisait pas peur. Seule, elle l’était depuis qu’elle avait dix ans, époque où elle suppliait sa mère de ne plus l’envoyer chez mamie Huberman, la bigote, qui lui serinait que Dieu était capable de voir dans son cœur déviant. A l’appui de ses dires, elle agitait Basket féminin magazine qu’elle avait trouvé sous le lit de Jennifer, le numéro dans lequel celle-ci avait entouré d’un cœur la photo de Monica Mathers, la célèbre meneuse de jeu.
– Dieu n’aime pas les lesbiennes, avait craché mamie Huberman en jetant le magazine à la poubelle.
Jennifer connaissait le sens du mot « lesbienne » et se doutait qu’elle en était une. Mais elle ne comprenait pas pourquoi Dieu lui en aurait tenu rigueur ainsi qu’à Monica Mathers, qui n’avait jamais déclenché de guerre ni tué quiconque et dont les paniers à trois points étaient époustouflants. Après tout, Dieu ne les avait-Il pas créées toutes les deux ? Mais Jennifer avait remarqué que les gens étaient comme ça. Ils invoquaient le divin dans les circonstances les plus étranges et pour les raisons les plus stupides. » [p. 76-77]

La dénonciation de l’inconscience parentale poussant à l’hyper-sexualisation de ses propres enfants dès leur plus jeune âge, notamment lors de concours de mini-miss, est également de rigueur.
Bien plus qu’un simple roman d’action, qui en manque par ailleurs cruellement au point que l’ennui menace  vite le lecteur,  il s’agit là d’une belle leçon de tolérance, d’acceptation de soi et de l’autre, au delà des préjugés qui constellent notre société contemporaine.
Et dernière petite dédicace spéciale à toutes les filles qui lisent cette chronique, parce qu’on s’est toujours dit que les hommes ne pouvaient pas réellement comprendre ce que l’on traverse chaque mois à une très certaine période…. :

« Jennifer retira d’un coup sec la serviette hygiénique maxi qui servait de bâillon à Harris.
– Aïe ! Ça fait mal ! brailla Harris.
Jennifer ne fut pas impressionnée.
– Tu veux savoir ce que c’est d’avoir vraiment mal ? Essaye de tomber en panne de paracétamol quand tu as des règles de force cinq. J’ai eu des crampes pour lesquelles un homme adulte aurait supplié qu’on lui mette une balle entre les deux yeux. » [p. 361] 

Ma note : 

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