Douglas Kennedy, Cinq jours

Douglas Kennedy, Cinq jours, éd. Belfond, octobre 2013

(Titre original : Five Days)

Laura, technicienne en imagerie médicale, voit des cancers tous les jours. Sa formation lui impose une certaine distance vis à vis de ses patients, qu’elle ne parvient plus à tenir depuis quelques temps.
Prenant enfin conscience que sa vie n’est plus aussi épanouie qu’elle l’aurait souhaitée, un congrès en radiologie à Boston lui permet, de façon bienvenue, de s’éloigner du Maine, région dans laquelle elle a pris racine, pour mieux faire le point… et pourquoi pas, tout recommencer ?

En bref : Laura Warren est une quarantenaire habitant une petite ville du Maine, cette région si reculée et conservatrice de l’Amérique, face à l’océan Atlantique. La classe moyenne s’y fait discrète, et les rares familles aisées à s’y installer savent préserver une certaine humilité dans leur mode de vie. « Ne pas faire de vagues » est sans doute le credo de ses habitants.
Laura répond parfaitement à ces critères. Elle a passé toute sa vie dans cette région, ne la quittant que pour de rares voyages, le plus éloigné l’ayant porté jusqu’à Québec. Un mari, deux enfants dont un garçon en première année d’université et une fille cadette achevant son lycée, son existence parait tout ce qu’il y a de plus banal. En apparence… et Dieu sait ce qu’elles peuvent être trompeuses. Dan vient d’être licencié et se morfond sur lui-même depuis des mois, ce qui se ressent sur leur vie de couple ou l’amour semble avoir déserté le domicile conjugal, laissant place à une routine destructrice, ce cancer de l’intimité.
Lorsque le supérieur de Laura lui propose de le remplacer à une conférence de radiologie se tenant à Boston le weekend suivant, celle-ci y voit une opportunité de prendre du recul face à cette vie qu’elle semble avoir de plus en plus de mal à affronter.
C’est alors que le destin se manifeste en la personne de Richard, un quinquagénaire à la vie conjugale également troublée, et qui semble incarner tout ce qui attirait jadis Laura. Des discussions interminables entre les deux étrangers sont le prétexte à une introspection du personnage sur sa vie, son passé, les choix qui se sont présentés à elle, et ceux qui pourraient « changer » à tout jamais son existence, la voie du bonheur retrouvé ?
Mon avis : Un roman brillant et bouleversant, dont on ne ressort pas indemne.
Douglas Kennedy possède incontestablement la clé de la psychologie humaine. Cet ouvrage, de par son intrigue, est le prétexte à une analyse des fonctionnements entre individus et de leurs relations complexes, mais également des choix qui se présentent à nous sans arrêt tout au long de notre existence, et la possibilité de « changer » qu’il ne tient qu’à nous de saisir.
Le style d’écriture de Douglas Kennedy est toujours si particulier. Au fil des pages, on découvre de nombreux clins d’œil à la grande littérature, comme le montre cet extrait rappelant grandement la phrase d’introduction de Gatsby le Magnifique par F. Scott Fitzgerald, nous exhortant à ne jamais juger autrui dans la mesure où nous n’avons pas connu la même existence :

« C’est toujours ainsi, avec le malheur des autres : s’il est facile d’observer depuis le banc de touche et de prodiguer des conseils, la vérité impose de reconnaître qu’il n’y a pas de solution miracle universelle aux coups que la vie nous porte. Prétendre plaquer ses propres analyses sur les épreuves d’autrui est le comble de l’arrogance. Au fond, le malheur du voisin nous terrorise tellement que nous essayons de rationaliser l’irrationnel, parce que, en secret, nous savons que nous ne sommes pas à l’abri d’une catastrophe imprévisible et destructrice. » [p. 175-176]

Peut-on réellement choisir d’être heureux, au delà des épreuves que nous impose la vie ? Disposons-nous de plusieurs existences qui n’attendent de nous que d’être entamées par des changements catégoriques ?

« Je me suis juré que jamais je ne vivrais une vie que je n’aurais pas voulue… » [p. 178]

« – Comme on le disait tout à l’heure, il faut se laisser guider par l’espoir et rester convaincu qu’il est toujours possible de se réinventer. » [p. 216] 

Alors que de nos jours, un couple sur deux se sépare, on ne peut que se questionner sur ce que l’on attend de sa future moitié… comment trouver le compagnon « parfait » ? Mais au fond, la personne qui nous attire le plus n’est-elle pas le simple reflet de nos attentes à un moment bien spécifique de notre vie ? Nous sommes tous en perpétuel changement. Nos goûts évoluent au gré de notre existence. Une union qui se voulait épanouie il y a vingt ans le sera-t-elle encore plusieurs dizaines d’années plus tard ?

« La vérité, c’est qu’aucune histoire n’est unique. Dans l’immense majorité des couples, si on gratte un peu la surface, on se rend compte que les gens ont choisi leur partenaire pour tout un tas de raisons qui n’avaient rien à voir avec l’amour. Et ils ont projeté sur l’autre ce dont ils avaient besoin à un moment de leur vie ; ou pire, ce qu’ils croyaient « mériter ». » [p. 271] 

Sans oublier un petit clin d’œil à tous les « bookaholics » (amoureux/accros des livres) qui se reconnaîtront ici :

« – Enfin, je ne sais pas ce qu’il en est pour les autres mais dans mon cas, si je lis tellement, si j’ai toujours un livre à portée de la main, c’est parce que c’est un remède contre la solitude, vous ne croyez pas ? » [p. 190]

Ma note :
Ma chronique vidéo sur cet ouvrage :

Retrouvez également mon interview vidéo de Douglas Kennedy en partenariat avec Google Play France, via Google Hangout (pour la première fois expérimenté en Europe dans le cadre de la promotion d’un ouvrage).
Je remercie les éditions Belfond pour m’avoir envoyé cet ouvrage et proposé de participer à cet événements exceptionnel.

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12 Responses to Douglas Kennedy, Cinq jours

  1. jyvais says:

    J’ai dévoré ce livre en 2 jours. Captivé! On loue la capacité de Kennedy de comprendre les femmes. Je crois bien que les hommes, il comprend aussi! Ce Richard étouffé, qui fait le paon, séduit, et fuit! un archétype d’homme cultivé finalement préférant le confort de l’habitude, même mauvaise, au risque de l’amour.
    Les interrogations de Laura sur la vie sont universelles. Kennedy trouve les mots pour les écrire. C’est rare! Le Douglas Kennedy qui m’a le plus « atteint » de la demi douzaine que j’ai lus.

  2. Blanche says:

    Je n&#39;ai pas aimé! pas du tout…je trouve qu&#39;il est d&#39;une grande banalité par rapport à tous ses autres romans! et bcp sont merveilleux!<br />là je n&#39;ai trouvé aucune magie, aucune nouveauté! tout est entendu, trop peut-être et je ne suis pas d&#39;accord pour dire qu&#39;il faut etre bien dans sa tete pour l&#39;apprecier! il n&#39;y a rien à apprecier! les personnes sont à la

  3. J&#39;ai littéralement dévoré ce roman et immédiatement accroché au personnage de Laura que je trouve empli de mystère et de beauté d&#39;âme… Ce livre peut faire écho à beaucoup de gens effectivement. Ce n&#39;est pas le meilleur de l&#39;auteur à mon sens mais je l&#39;ai bien aimé même si beaucoup de descendent en flèche !

    • MissMymoo says:

      Je pense que si beaucoup de gens le déprécient, c&#39;est parce qu&#39;il aborde un sujet très dur, notamment le cancer au tout début. Dommage, c&#39;est vrai que pour apprécier cet ouvrage, il faut être bien dans sa tête 😉

  4. Shousoun says:

    La lecture de ce nouveau roman de Douglas Kennedy, ne m&#39;a pas laissé indemne, comme elle interpellera certainement chaque lecteur. Un doigt posé sur une question majeure à propos des rapports entre humains. L&#39;image que l&#39;on donne à voir est-elle forcément juste ? Un livre attachant, une belle étude de caractère. Je crois qu&#39;il va s&#39;inscrire dans la liste des livres que j&#39;

  5. Marie says:

    Belle chronique 🙂 Je découvre ton blog via Livraddict, et il est vraiment sympathique !<br />Pour ma part je sors d&#39;une séance de dédicace de ce roman à Angers 😀 J&#39;ai vraiment hâte de le lire, il a l&#39;air vraiment génial !!!

    • MissMymoo says:

      Merci et bienvenue ! <br />Ah super, tu as pu le faire dédicacer; laisse-moi ton avis en commentaire quand tu l&#39;auras fini alors, je suis curieuse d&#39;avoir les impressions d&#39;autres personnes :)<br />Bonne lecture et à très vite !

  6. Cindy says:

    Intéressant 🙂 Je note le titre!

  7. Candyshy says:

    Ce livre me fait envie et ton avis ne fait que confirmer que je le VEUX 🙂

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