Ruta Sepetys, Big Easy

Ruta Sepetys, Big Easy, éd. Gallimard Jeunesse (Scripto), octobre 2013.

(Titre original : Out of the Easy)

La Nouvelle Orléans, 1950. Josie Moraine n’a pas l’existence facile, dans le jeu de la vie, elle part avec une main particulièrement défavorable. Sa mère est une prostituée qui n’a jamais eu que faire d’elle, et s’acoquine avec un bandit flirtant avec la mafia locale… Mais Jo s’est éduquée toute seule, elle est brillante, aux dires de tous, et ne rêve que d’une chose : s’extirper du Quartier Français, le Big Easy, et filer droit vers une brillante université, où repartir de zéro. Est-on réellement maître de son destin ? Lorsque tous les pans de sa vie semblent virer au noir, est-il possible de croire encore en un avenir meilleur ?

En bref : L’après-guerre à la Nouvelle-Orléans est comme une fête qui ne s’achève jamais. Le Quartier Français, historique et populaire, est le fief des maisons closes, tavernes, vieilles librairies et autres boutiques en tout genre. Josie Moraine a bientôt 18 ans, et rêve de s’évader de ce Big Easy, dont le nom est bien loin de la réalité du lieu. La vie est tout ce qu’il y a de difficile dans le centre historique de la ville. Les habitants cohabitent plus ou moins bien avec la mafia locale, et tentent de survivre jour après jour. Jo essaie tant bien que mal de garder la tête hors de l’eau, alors que sa mère l’a laissée pour compte dans cette nouvelle ville de débauche, plus occupée à faire des passes dans la maison close gérée par la très rigide et charismatique Willie Woodley.

« Un long tapis rouge courait de la porte d’entrée jusqu’à un escalier majestueux dont il recouvrait toutes les marches. La maison était somptueuse, mais d’un luxe tapageur, avec des brocards vert foncé, des lampes à la lumière tamisée et aux abats-jour décorés de pendeloques de cristal noires. Des tableaux représentant des femmes nues aux mamelons roses étaient suspendus aux murs du vestibule. L’odeur de la fumée de cigarette se mêlait à celle de l’eau de rose éventée. Nous sommes passées au milieu d’un groupe de filles qui m’ont caressé les cheveux et m’ont appelée « ma poupée » et « mon petit lapin en sucre ». Je me souviens d’avoir pensé que leurs lèvres avaient l’air toutes barbouillées de sang. Puis nous avons pénétré dans le petit salon. » (p.8)

Les journées de Josie se résument à faire des ménages dans la maison de Willie après les folles soirées qui s’y tiennent, puis retourner à la librairie de Charlie Marlowe et aider à tenir le commerce avec son fils Patrick. La passion qu’elle développe pour les livres et la littérature s’est développée de jour en jour depuis ces dix dernières années.
Un beau jour, un homme charismatique et majestueux passe la porte de la librairie, et suggère à Josie qu’elle devrait poursuivre ses rêves, et ne jamais laisser sa condition précaire lui imposer un destin prédéfini, à la manière du célèbre héro de roman, David Copperfield.

« – C’est le roman de Dickens que je préfère, et de loin, peut-être parce qu’il s’inspire de la propre vie de l’auteur. L’idée que l’on peut surmonter tant de souffrance et de pauvreté pour finir par trouver le bonheur est tellement stimulante ! » (p. 32)

Mais les préjugés ont la vie dure, et intégrer une université prestigieuse de l’Est des Etats-Unis n’est pas chose aisée. Josie Moraine fait donc son petit bout de chemin, à la manière d’un combat quotidien pour réunir toutes les pièces du puzzle et ainsi constituer un dossier apte à être examiner, mais également réunir l’argent nécessaire à son inscription. S’il y a bien une catégorie de population à laquelle il ne faut pas se frotter, c’est bien la mafia locale, mais parfois, le sort vous rattrape là où vous ne l’attendez pas.

« La « main noire ». Voilà ce dont Willie parlait. A la Nouvelle-Orléans, une empreinte de main noire signifie que l’on est « marqué », autrement dit menacé de mort au vu et au su de tous, à moins de se soumettre à la mafia et à toutes les volontés de Carlos Marcello. Un jour, j’en ai vu une sur une porte d’Esplanade, et j’ai compris que la vie de la personne était en danger. Ça m’a donné la chair de poule. En même temps, je me suis demandé comment on pouvait être assez stupide pour frayer avec la mafia. » (p. 341)

 
Mon avis : Une incroyable plongée dans l’univers sombre et pittoresque de la Nouvelle-Orléans des années 1950. Ruta Sepetys nous dresse avec Big Easy une fresque historique haute en couleur de la ville du jazz et des plaisirs de la chair. Bien au delà d’un simple roman jeune-adulte, Big Easy, c’est une atmosphère, une immersion dans la vie des personnages, dans leur quotidien, leurs problèmes et leurs désirs. 
Jamais un auteur de roman jeunesse/young adult n’est parvenu à rédiger un roman si prenant, franchissant les limites de la simple quête d’un personnage, pour y inclure bien plus : c’est le Quartier Français tout entier qui prend vie sous sa plume, pour le plus grand bonheur du lecteur, d’autant plus si l’on aime cette région des Etats-Unis et la période de l’après-guerre.
Un pur bonheur, après un premier roman poignant, Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre, Ruta Sepetys confirme ici qu’elle incarne une voie nouvelle d’auteurs de romans jeune-adulte, convaincue que ce public peut également lire des ouvrages poignants, où il n’est pas uniquement question d’action sans aucun répit, mais d’introspection des personnages et de leurs sentiments, qui nous chamboulent au plus profond de notre être. Magnifique.
Ma note : 
 
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5 Responses to Ruta Sepetys, Big Easy

  1. Marie says:

    Il est absolument génial ♥

  2. Noémie .P says:

    Je sens que je vais craqué à Montreuil!^^

  3. Mathieu M says:

    Content qu'il t'ait autant plus :)

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