Fawaz Hussain, La Prophétie d’Abouna

Fawaz Hussain, La Prophétie d’Abouna, éd. Ginkgo, novembre 2013

Ce roman autobiographique nous balade des contrées syriennes aux ponts parisiens, en passant par les confins du nord de l’Europe.
Un jeune garçon kurde, dont l’éducation est confiée à un prêtre syrien, se voit promettre par ce dernier une destinée littéraire exceptionnelle dans le pays de Balzac.

En bref : Mohammed, jeune Kurde Syrien, est laissé aux bons soins d’un prêtre dans son pays, lequel se fait appeler « Abouna » (« notre père » en Arabe). Ce dernier, repérant un talent enfoui chez le jeune garçon, s’improvise prophète en lui garantissant qu’un avenir brillant l’attend en France, dans la voie des belles lettres de ce cher Balzac.
C’est ainsi que Mohammed débarque à Paris à la fin des années 1970, pour suivre des cours de littérature à la prestigieuse Sorbonne… et ainsi accomplir « la prophétie d’Abouna ».
Car Abouna est omniprésent à ses côtés. Son ombre suit ses pas et l’aide dans ses plus grands moments de doute, tel un conseillé spirituel.

« Dans les moments difficiles, j’avais toujours deviné sa présence silencieuse et senti son affection pour moi comme un parfum oublié sur une étagère de la mémoire. C’était la première fois depuis tant d’années qu’il se manifestait tel qu’il était dans l’enceinte de son école primaire. Il portait la même soutane noire, la même croix en or sur sa poitrine, et le même sourire doux faisait partie intégrante de son visage. » [p. 36]

De la découverte de la ville et par là même, d’une toute nouvelle civilisation, aux petites galères quotidiennes qui sèment son quotidien d’embûches que l’on dirait réservées aux étrangers, Mohammed apprend bien plus que l’art littéraire, mais bel et bien la vie à l’occidentale.
Mon avis : Au delà du simple récit de son parcours, ce roman décrit de façon assez poignante l’aspiration des étudiants étrangers à profiter de la vie occidentale et d’en embrasser toutes les qualités. Bien loin des préjugés selon lesquels ils se regrouperaient en clans sans aucune volonté d’intégration, ce récit ouvre les yeux du lecteur sur le fait qu’une grande partie des étrangers ayant émigré vers l’Occident ont quitté des sociétés où ils étaient réprimés, ayant fuit des systèmes totalitaires, et n’aspirent qu’à embrasser la liberté qui s’offre à présent à eux.

« En raison de notre éducation orientale et des régimes totalitaires qui sévissaient dans le monde arabo-musulman, nous aspirions avant tout à enterrer le plus rapidement possible un passé pétri de frustrations. Les tragédies qui secouaient le corps du Kurdistan nous unissaient comme du mortier à Paris, mais nous avions avant tout l’envie de tourner la page de ce Proche-Orient et de goûter au miel de la liberté. » [p. 51]

Cependant, cette quête effrénée de liberté mène notre personnage principal à profiter des plaisirs qui lui étaient interdits dans son pays, tout particulièrement celui de la conquête féminine. Passe-temps omniprésent tout au long du récit, ce qui en vient même à éclipser totalement le but premier de sa présence à Paris, la fameuse Prophétie d’Abouna, le titre même du livre, qui tend à disparaître totalement de la trame de l’histoire au profit d’une quête quasi-désespérée de vagins en série.
Ce roman aurait pu être excellent, d’autant qu’il véhicule un message très sérieux et important sur la tolérance et l’intégration, en des temps où ces valeurs se perdent, où les populations se replient sur elles-mêmes…
Malheureusement, le héros courant perpétuellement derrière les premiers jupons qui flottent sous son nez, tout au long de sa vie, et ce jusqu’à la cinquantaine passée, le rendent un brin misérable, pour ne pas dire totalement obscène.

Ma note :

Cet ouvrage m’a été envoyé dans le cadre d’un partenariat avec les éditions Ginkgo, que je remercie.

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