Emilie de Turckheim, Le Joli Mois de mai

Le-Joli-Mois-de-mai1Emilie de Turckheim, Le Joli Mois de mai, éd. Le Livre de Poche, janvier 2014

Le propriétaire d’une maison de campagne vient de mettre fin à ses jours. Les héritiers qu’il a couchés sur son testament se retrouvent dans sa propriété le temps d’un week-end, afin de rencontrer le notaire qui partagera les biens équitablement. Ce huis-clos très particulier réserve bien des surprises à nos invités venus de la ville…

En bref : Suite au suicide du propriétaire, Aimée, l’homme à tout faire de la maison de chasse, envoie à chacun des futurs héritiers une copie du testament du défunt, ainsi qu’une invitation à le rejoindre dans la demeure afin d’y rencontrer le notaire et ainsi procéder à la succession. Ceux-ci sont pour le moins étonnés d’avoir retenu l’attention du défunt, car ils ne l’avaient que très peu fréquenté. Les apparences sont parfois trompeuses et Aimée, qui n’a jamais fait d’études et semble méprisé par ces citadins, porte un regard acéré sur ces étrangers venus réclamer une part d’un bien dont ils n’avaient encore pas connaissance il y a quelques semaines. Leurs réflexions ampoulées, leurs habitudes de confort déplacées, tout cela l’exaspère au plus haut point, et il nous le fait savoir à sa manière…

« Patronyme, ça veut dire nom. C’est un mot compliqué qui remplace un mot normal que tout le monde connaît. Il y a des gens qui parlent exprès avec des mots compliqués alors qu’ils connaissent les mots normals correspondants. Les mots compliqués c’est pas des gros mots mais ça vous injurie pire que des connards ou des salauds ou tous les noms d’oiseaux. Les gens qui parlent exprès avec des mots compliqués c’est pour bien vous faire comprendre que eux c’est eux et que vous c’est moins que ça. » [p. 77]

Durant les quelques 48h que vont durer leur confinement, les différents protagonistes de ce huis-clos si particulier vont peu à peu révéler leur vrai nature, et les motivations qui les animent.

Mon avis : Un roman très particulier qui ne vous laissera pas de marbre. Le Joli Mois de mai d’Emilie de Turckheim est rédigé du point de vue d’Aimée, un très jeune homme à tout faire ayant travaillé toute sa vie sur cette propriété qui est aujourd’hui en quête d’un nouvel acquéreur. Ce personnage n’ayant jamais fait d’étude et jamais quitté la campagne, s’exprime de façon très simple, ce qui rend la narration du roman très particulière. C’est un point déterminant du roman, qui peut diviser les lecteurs : soit l’on accroche et on admire le talent d’Emilie de Turckheim qui est parvenue à recréer ces expressions si particulières, soit l’on y est totalement hermétique et dans ce cas, on abandonne ce roman pourtant très court (126 pages).

Pour ma part, la découverte de cette narration singulièrement différente fut au départ un choc, mais passées les premières pages, je me suis prise au jeu. Le lecteur est pris dans les pensées d’Aimée, découvre petit à petit l’histoire de sa vie et des protagonistes qui l’ont marquée en suivant, tel un jeu de piste, les quelques indices qui nous sont distillés ici et là au fil des pages. Progressivement, on comprend ce que les invités de la ville viennent réellement faire dans la maison de chasse, et quel était le réel but de leur venue. La fin nous laisse pantois, c’est une telle surprise que l’on ne verra plus jamais la campagne comme avant !

Je vous conseille la lecture de ce roman si vous souhaitez sortir des sentiers battus et vous laisser surprendre dans une lecture rapide mais qui ne vous laissera pas indifférent.

Ma note :

Fourstars1

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