Matthew Quick, Pardonne-moi Leonard Peacock

Pardonne-moi Léonard PeacockMatthew Quick, Pardonne-moi Leonard Peacock, éd. Robert Laffont (Collection R), avril 2015

(Titre original : Forgive me Leonard Peacock)

Leonard Peacock a prévu de célébrer son 18e anniversaire d’une manière très particulière. Il compte offrir des cadeaux aux quelques personnes qui ont marqué sa vie. Ensuite il tuera son ancien meilleur ami. Puis, il mettra fin à ses jours.

En bref : Leonard Peacock fête aujourd’hui son 18e anniversaire. Malheureusement, tout le monde semble l’avoir oublié, en commençant par sa propre mère, Linda, trop occupée à poursuivre sa carrière dans la mode avec son petit-ami français. Le père de Leonard, une ancienne star du rock totalement has been, s’est enfui en Amérique du Sud il y a quelques années, abandonnant sa famille derrière lui. Leonard n’a plus vraiment d’amis. Le seul qui ait compté dans sa vie, Asher Beal, a cessé d’être son meilleur ami depuis le collège. C’est ce dernier qu’il prévoit de tuer avec le pistolet de son grand-père, volé à un Nazi durant la Seconde Guerre Mondiale. Une fois cette tâche accomplie, il mettra fin à ses jours avec cette même arme. Mais il compte bien remercier quelques rares personnes pour le peu de lumière qu’ils ont apporté dans sa vie avant d’accomplir sa funeste entreprise.

« Le P-38 sera peut-être mon cadeau quand je le déballerai pour tirer sur Asher Beal.
C’est probablement le seul cadeau que je recevrai aujourd’hui.
En plus du flingue, il y a quatre paquets, un pour chacun de mes amis.
Je veux leur dire au revoir correctement.
Je veux qu’ils gardent un souvenir de moi. Qu’ils sachent que je tiens à eux et que je suis désolé de ne pas avoir pu être davantage. Désolé d’avoir dû leur fausser compagnie. Qu’ils sachent qu’ils ne sont pas responsables de ce qui va se passer aujourd’hui.
Je ne veux pas qu’ils soient traumatisés par ce que je m’apprête à faire ni qu’ils soient déprimés après. » [p. 16]

Pourquoi Leonard a-t-il décidé de se suicider ? Qu’est ce que Asher Beal a bien pu faire de si horrible pour mériter une telle fin ?

« […] Mme Beal ne se doute pas un instant du service darwinien que je vais rendre à son fils parce qu’elle ne sait pas qui il est réellement – ce qu’il a fait et ce dont il est capable.
Elle ne croira jamais ce qu’il m’a fait subir.
Elle ne le croira pas parce que si elle l’acceptait, elle ne pourrait plus jamais chanter ces chansons débiles en faisant le ménage, ce qu’elle aime le plus au monde. En tout cas, c’était comme ça quand j’étais ami avec Asher au collège. » [p. 209-210]

Mon avis : Pardonne-moi Leonard Peacock est un roman très atypique. De part sa mise en page tout d’abord, qui est très originale (certains paragraphes sont volontairement décalés sur la page, certaines pages ne comportent qu’un seul mot) afin de rythmer la lecture et de renforcer la puissance des émotions et de la détresse que ressent le personnage principal, qui est le narrateur de ce récit. Les très nombreuses notes de bas de page (qui sont parfois très longues) sont également déstabilisantes car elles rompent la fluidité de la lecture, mais renforcent le sentiment que Leonard Peacock se livre, comme dans un journal intime, au fur et à mesure de ses pensées, rajoutant certains détails, certaines explications, lorsqu’il mentionne un fait ou une personne qui l’a marqué dans sa vie.
Matthew Quick nous livre un roman sans concessions, puissant, n’ayant pas peur des mots, parfois crus, à l’image du sujet abordé. Il nous offre également de très nombreuses réflexions sur le monde qui nous entoure et nous amène à nous interroger sur bien des points de société.

« Un jour, alors qu’on discutait après son cours, Herr Silverman m’a expliqué que quand quelqu’un se comporte mieux que les autres, même si c’est pour le bien de tous, les gens médiocres lui en veulent parce qu’ils ne sont pas assez courageux pour faire de même. » [p. 131]

« Si Dieu existe et qu’il a créé l’Univers, comme ces gens-là le croient, pourquoi il aurait besoin de notre aide, et à plus forte raison de nos louanges ?
Pourquoi a-t-il besoin qu’on le serve ?
Est-ce que Dieu est à la fois tout-puissant et en manque d’affection. » [p. 168]

Le personnage de Leonard Peacock pousse parfois la réflexion dans des retranchements très philosophiques, qui incitent le lecteur à se questionner à son tour sur le monde dans lequel il vit au quotidien.

« Les gens payent pour ce qu’ils ont fait, et plus encore pour ce qu’ils se sont autorisés à devenir. Et ils le payent d’une manière très simple : par la vie qu’ils mènent. » [p. 233]

Avec Pardonne-moi Leonard Peacock, Matthew Quick nous offre une lecture à la fois agréable, mais surtout intelligente, et qui aborde de très nombreux faits de société qui posent question.
Sans dévoiler la fin de l’histoire, certains auront trouvé que celle-ci était bien trop ouverte. J’ai pour ma part l’impression que la fin du roman est à l’image du reste du livre : c’est un appel à la réflexion, à partir de toutes les pistes laissées par l’auteur dans les dernières pages, sur la façon dont on doit se détacher de la culpabilité et de la responsabilité des actes des autres sur notre propre existence et notre liberté de la vivre comme bon nous semble, sans laisser notre entourage l’affecter de quelque façon que ce soit.

Ma note :

FiveStars-resized1

Si vous souhaitez lire ce roman en commun dans le cadre de mon Club de Lecture, rejoignez-nous et participez également au LiveShow YouTube mi-mai pour discuter en direct de Pardonne-moi Leonard Peacock avec les autres lecteurs !

Cet ouvrage m’a été envoyé dans le cadre de mon partenariat avec la Collection R, je les en remercie encore.

This entry was posted in 5 étoiles, Young-Adult and tagged , , , , , , . Bookmark the permalink.

6 Responses to Matthew Quick, Pardonne-moi Leonard Peacock

  1. fandebouquins says:

    Super chronique ! Il va rejoindre très prochainement ma PAL grâce à toi qui m’a donné envie de lire ce livre. 🙂

  2. Simi says:

    Belle chronique pour un livre magnifique <3

  3. Chantal says:

    Merci, pour cette nouvelle envie de lire ! 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *