Ray Celestin, Carnaval (tome 1)

CarnavalRay Celestin, Carnaval (tome 1), éd. Le Cherche-Midi, mai 2015

(Titre original : The Axeman’s Jazz)

La Nouvelle-Orléans, 1919 : un mystérieux tueur en série sévit dans la ville et ses environs. Il fait régner la terreur depuis qu’il nargue les autorités en envoyant des lettres au journal local. Ses meurtres inquiètent, et c’est une course contre la montre qui s’entame pour le retrouver et découvrir le fin mot de cette histoire.

En bref : 1919. La Nouvelle-Orléans, ville mythique de la Louisiane et emblématique du Sud des Etats-Unis, ne fait plus uniquement parler que pour ce genre musical émergeant, appelé Jazz. Celui que l’on nomme désormais le « tueur à la hache » sévit dans la ville. Avec plusieurs meurtres à son actif, et un mode opératoire bien particulier – des crânes fracassés à coup de hache et une carte de tarot laissée sur le corps de ses victimes – les autorités sont en alerte.
Mais la police n’est pas la seule qu’inquiète ce criminel. La mafia sicilienne voit dans ces crimes, visant majoritairement des personnes liées à l’organisation, une menace directe. De plus, un journaliste en quête de gloire, et une jeune fille métisse travaillant comme secrétaire dans la célèbre agence de détectives privés Pinkerton et ayant toujours rêvé de devenir enquêtrice, se lancent également à la poursuite du tueur. Qui parviendra à découvrir le fin mot de l’histoire et à peut-être enfin mettre un terme aux agissements du « tueur à la hache » ?

Mon avis : Carnaval, premier tome d’une série d’enquêtes et premier roman de Ray Celestin, fut un véritable coup de coeur. Cela faisait bien longtemps qu’un roman ne m’avait pas procuré la sensation d’être intégralement plongée dans un univers dépaysant, de faire un bond dans le passé, avec autant de réalisme. Ray Celestin, scénariste de profession, nous offre ici un roman très cinématographique. Vous êtes littéralement plongé dans l’ambiance si particulière de La Nouvelle-Orléans du début du XXe siècle. Tout y est : le Bayou, le vaudou, la mafia, la ségrégation encore omniprésente entre blancs et noirs, les conséquences du retour des soldats américains sur leur sol après avoir combattu en France durant la Première Guerre Mondiale… Carnaval n’est pas uniquement une enquête policière, c’est également une formidable fresque documentaire sur une ville emblématique du Sud des Etats-Unis, une invitation au voyage dans l’espace et dans le temps, unique en son genre. 

« Tout en avançant, il se demandait pourquoi une prêtresse vaudou vivait dans le chaos des mangroves et ne recevait pas dans un salon coloré de Canal Street. L’époque des prêtresse était révolue depuis longtemps. Leur heure de gloire était passée : au milieu du siècle dernier, les puissants notables de La Nouvelle-Orléans venaient les consulter pour toutes sortes de questions. Les prêtresses, avec leurs tignons* de toutes les couleurs et leurs grandes robes à volants, récitaient des sortilèges en haïtien ou en congolais pour les dames de la haute. Elles préparaient des crèmes et des potions, prédisaient l’avenir dans les os de poulet ou conversaient avec les morts lors de sinistres séances de spiritisme. Les Blancs les payaient avec largesse et les tenaient en si haute estime que les prêtresses les plus célèbres étaient invitées aux grands événements publics à une époque où les gens de couleur étaient pourtant traités avec autant d’égard que du bétail.
– Les clients ignoraient que cette industrie de la magie était une escroquerie qui reposait sur un réseau de messagers et d’informateurs. Les domestiques de couleur des riches accumulaient des renseignements concernant leurs maîtres et les revendaient à la prêtresse que leurs patrons consultaient. Quand ils allaient voir leur pythonisse, elle connaissait déjà, comme par magie, tout de leur intimité. » (p.168-169)

« Elle rêvait d’aller dans le Nord, de s’installer dans une ville plus grande et plus progressiste. Elle lui avait parlé des histoires qu’elle avait entendues à propos des soldats noirs qui, après la guerre, étaient restés à Paris et qui pensaient qu’ils avaient davantage d’avenir sur de lointains rivages que dans les états du Sud où l’on cultivait le coton et la haine. » (p. 301)

La particularité de Carnaval réside également dans le fait que l’on ne suit pas une, mais plusieurs enquêtes en parallèle. Chacun des personnages principaux mène son enquête pour des raisons qui lui sont propres. Les chapitres alternent donc les points de vue de chacun et l’on suit en parallèle l’avancée des recherches de chacun au fur et à mesure. Qui parviendra à découvrir le fin mot de l’histoire ? Mais surtout, quelle théorie se révélera être la bonne à l’issue du roman ? A vous de le décider !
Autre élément très original : on découvre dès les premières pages de Carnaval qu’un élément caractéristique de La Nouvelle-Orléans sera omniprésent durant tout le roman. La ville voit en effet émerger un nouveau genre musical, le Jazz, et avec lui, une figure devenue désormais emblématique de ce courant, Louis Armstrong, qui est un personnage à part entière du roman. On fait sa connaissance ici durant sa jeunesse, alors qu’il n’avait pas encore francisé son nom.

« Elle descendit du trottoir pour rejoindre la procession, scrutant les visages des musiciens à la recherche de son ami le plus proche, qui était peut-être même son seul ami. C’était un jeune joueur de cornet au visage poupin qui n’avait pas encore changé la prononciation de son nom pour adopter la forme française :  Louey. Pour Ida et pour tout le monde dans le quartier du Battlefield, il était Lil’ Lewis Armstrong. » (p. 24)

Ray Celestin a d’ailleurs pris le parti de suivre Louis Armstrong au gré des villes qu’il aura fréquenté durant son parcours musical au fil des décennies, pour en faire un personnage récurrent de sa saga de polars.

« – Ce que je veux dire, c’est que ça serait vraiment dommage de gaspiller un talent pareil juste parce que t’es pas rassuré de quitter la ville. Si tu veux devenir quelqu’un, il faut que tu quittes La Nouvelle-Orléans. » (p.347)

Vous l’aurez compris, ce roman fut pour moi un véritable coup de coeur, un pépite en son genre. Je n’avais pas été emballée par un livre avec une telle intensité depuis ma lecture de La Couleur des sentiments de Kathryn Stockett, autre roman historique se déroulant dans le Sud des Etats-Unis, et que je considère comme mon roman favori. C’est donc un signe incontestable que Carnaval de Ray Celestin dispose de ce petit « je ne sais quoi » qui vous scotchera au roman des nuits entières !

Ma note : 

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Merci aux éditions du Cherche-Midi pour m’avoir envoyé ce roman et permis de lire un livre aussi exceptionnel.

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3 Responses to Ray Celestin, Carnaval (tome 1)

  1. John says:

    C’est un livre que j’ai noté 🙂 J’adore le résumé, la couverture est trop belle et j’ai aimé ton enthousiasme pour le présenter.

  2. Zina says:

    Ce livre me fait trop envie !!

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