Horrorstör, de Grady Hendrix

MRhorrorstor.inddGrady Hendrix, Horrorstör, éd. Milan et demi, 19 août 2015

(Titre original : Horrorstör)

Un magasin de meubles en kit est victime de phénomènes inexpliqués qui mettent en péril son bon fonctionnement. Une équipe d’employés se dévoue pour mener l’enquête de nuit.

En bref : Orsk est une chaîne de meubles en kit qui se positionne en concurrent d’Ikea. Ses magasins pullulent aux Etats-Unis. La compagnie érige la dévotion envers l’univers de la marque en règle d’or. Le magasin Orsk de Cuyahoga dans l’état de l’Ohio ne fait pas exception à la règle. Amy, une jeune femme qui a arrêté ses études et ne dispose que de ce job pour payer son loyer, traine les pieds chaque matin pour se rendre au travail. Elle a son manager en horreur. Basil semble toujours sur son dos, il lui reproche de ne pas être assez dévouée à l’entreprise. Elle ne comprend pas cette adoration sans borne pour une simple marque totalement déshumanisée.
Un jour, la machine semble s’enrayer. Des dysfonctionnements sont recensés au sein de l’électronique (la pointeuse ne fonctionne plus, l’escalator se met en marche en sens inverse). On constate également que certains meubles de l’Expo sont endommagés, et de nombreux objets décoratifs brisés.

« – Ces six dernières semaines, le magasin a été victime d’un certain nombres… d’attentats. Tous les matins, on découvre des marchandises endommagées : des miroirs, de la vaisselle, des cadres, des rideaux arrachés des murs, un matelas lacéré, et ce matin… un incident. Avec un Brooka.
– Un incident ? répéta Ruth Ann.
– Une substance a été étalée dessus.
– De la merde, clarifia Amy.
– Une substance, insista Basil.
– Une substance qui sentait la merde, répliqua Amy.
– Notre taux de casse est de onze pour cent plus élevé que la moyenne. Pat a dû en référer au centre régional. Il m’a également demandé de mener une enquête. » (p. 29-30)

Basil, le responsable du magasin ultra-perfectionniste et soucieux de sa responsabilité auprès du groupe Orsk, décide de mener l’enquête. Il convoque en secret Amy et Ruth Ann, une caissière travaillant depuis plus de vingt ans pour Orsk, pour leur demander de passer la nuit dans le magasin et de découvrir qui se cache derrière ces dégradations. Mais cette enquête ne va pas se dérouler comme prévu, et nos protagonistes ne seront pas au bout de leurs surprises… et de leurs peurs.

Mon avis : Horrorstör est vraiment un livre de circonstance pour la période d’Halloween. Au delà du format très original du roman, détournant ouvertement le traditionnel catalogue Ikea (et proposant une mise en page tout aussi recherchée), Horrorstör est aussi une grande dénonciation de la société de consommation occidentale contemporaine, mais plus spécifiquement de la déshumanisation du travail dans certaines chaînes de magasins. Ces entreprises, pensées pour abrutir les masses dans le but de reprogrammer leur cerveau afin de les pousser à la surconsommation, sont clairement dans le viseur de Grady Hendrix. Horrorstör incarne une parodie des dérives induites par cet abrutissement à l’extrême. Les concepteurs des magasins pensent l’architecture et la mise en scène du lieu pour conditionner l’esprit du consommateur, mais mettent également en place une stratégie visant à déshumaniser leurs employés. Tout est bon pour mettre en valeur l’esprit de la marque. L’employé travaille au service du groupe, et doit s’en sentir fier. C’est un honneur de contribuer à l’essor de l’entreprise, au mépris de son propre bonheur et épanouissement personnel.
Du point de vue de l’histoire elle-même, Horrorstör fait la part belle à une narration douée d’un humour caustique dénonçant les travers cités ci-dessus, mais qui glisse doucement mais sûrement vers des événements glaçants et totalement horrifiques, dignes des très bons romans d’horreur contemporains. Accrochez-vous, et lisez à vos risques et périls. Ames sensibles, s’abstenir !

Ma note : 

Fourstars1

Merci aux éd. Bayard pour m’avoir permis de lire ce roman.

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5 Responses to Horrorstör, de Grady Hendrix

  1. Tiphanie N says:

    Coucou !
    Je l’ai lue et j’ai flippée sur la fin quand même, surtout qu’on voit les instruments utilisés au début de chapitre, pour bien se l’imaginer !
    Je n’avais pas du tout penser a ce que tu as dis dans ton avis sur la déshumanisation du travail dans certaines entreprises, je vois le livre sous un nouveau jour même si je n’ai pas forcément aimé l’histoire dans son ensemble !

  2. Léna Bubi says:

    Ce livre est super original je trouve ! Si l’occasion se présente, je pense que je le lirai étant donné que ton avis donne super envie 🙂

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