Un Parfum d’encre et de liberté, de Sarah McCoy

Un Parfum d'encre et de libertéSarah McCoy, Un Parfum d’encre et de liberté, éd. Michel Lafon, 11 février 2016

(Titre original : The Mapmaker’s Childern)

Deux siècles, deux femmes, deux destins et la même quête de liberté : Sarah en 1859, durant la lutte opposant les abolitionnistes et les esclavagistes ; Eden en 2014, qui découvre des indices faisant ressurgir les mystères du passé.

En bref : 1859, Virginie occidentale. Sarah est la fille du célèbre abolitionniste John Brown, qui s’est battu toute sa vie pour aider les esclaves noirs à fuir les Etats-Unis et les mener en sécurité jusqu’au Canada. John Brown est arrêté et condamné à mort, mais Sarah est bien décidée à reprendre le flambeau.

« Le père de Sarah lui avait appris que faire miroiter la liberté aux esclaves était une chose, mais que la leur offrir concrètement était bien différent. Il avait payé de sa vie l’idée que l’espoir serait assez puissant pour inciter la rébellion à Harpers Ferry, mais cela n’avait pas suffi. Libres ou affranchis, ils avaient toujours des attaches avec les familles de Blancs. Certains, comme la mère de Siby, par le sang. Leur demander de se révolter contre les gens auprès desquels ils avaient vécu toute leur vie exigeait une impressionnante force de persuasion. Ceux qui avaient été torturés et rudoyés n’osaient plus espérer, terrorisés pour leur famille sur les plantations. Ceux que l’on traitait correctement ne voulaient pas sacrifier leur condition pour un avenir incertain qui pourrait être bien pire. » (p. 77)

Victime de la dysenterie, Sarah ne pourra jamais fonder une famille. Toute son énergie est désormais consacrée à aider les autres et servir la cause pour laquelle son père a perdu sa vie.

« Les gens étaient capables de bien plus d’amour et de bienveillance qu’ils ne l’imaginaient. La parole collective ne laissait pas toujours transparaître la bonté individuelle. Bien sûr, d’affreux personnages commettaient des actes monstrueux. Dans cette région, des êtres humains en maltraitaient d’autres à cause de la couleur de leur peau. De viles créatures qui se considéraient supérieures à leurs semblables. Leur père le leur avait prouvé à tous : quand un coeur s’arrête de battre, la seule couleur qui demeure, c’est le rouge du sang. La chair est égale. Une personne est bonne ou mauvaise par son caractère seulement. » (p. 122-123)

2014, Eden et son mari emménagent dans une maison historique de New Charlestown. Le couple est rongé par l’incompréhension et la frustration engendrée par leurs échecs systématiques à concevoir des enfants. Eden tente de s’occuper l’esprit et entame des recherches pour faire classer la maison au registre des monuments historiques. Des découvertes mystérieuses et fascinantes vont très vite la mettre sur la piste d’une organisation secrète ayant joué un rôle primordial dans la lutte contre l’esclavage plusieurs siècles plus tôt.

Mon avis : Un Parfum d’encre et de liberté est un roman fascinant. On suit tour à tour, au fil des alternances de chapitres, les destins de Sarah dès 1859 et d’Eden en 2014. Les vies mouvementées de ces deux femmes se croisent et leurs points communs se font échos tout au long du roman.
La plume de Sarah McCoy nous entraine aux côtés de ces deux personnages. On ressent avec force les émotions qui les animent. Leurs peines, leurs doutes et leurs espoirs sont ceux, intemporels, de toutes les femmes.
Un Parfum d’encre et de liberté se lit au calme, sans se presser. L’auteure invite son lecteur à se laisser porter au fil des pages, à vivre pleinement aux côtés de ses personnages, à s’imprégner de leurs univers, de leur quête d’un sens à leurs existences.

« – On ne peut pas forcer la vie à faire ce qu’on veut quand on le veut. On ne peut pas changer le passé, ni contrôler l’avenir. On peut juste vivre le présent le mieux possible. Et avec un peu de chance, il nous sourit. » (p. 351)

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas été aussi remuée par un roman comme celui-ci. La thématique de la ségrégation raciale aux Etats-Unis m’est particulièrement chère. Je suis donc particulièrement ravie de constater que Sarah McCoy s’en est emparée avec brio pour retranscrire cette période le plus fidèlement possible. On est pris dans le monde dépeint sous nos yeux. Les parfums, les couleurs dansent devant nous. Le dépaysement est total dans Un Parfum d’encre et de liberté.
Point positif, l’auteur a inséré, au terme de son roman, quelques pages explicatives témoignant de son processus créatif qui lui a permis d’écrire ce livre, les recherches qu’elle a effectuées, les lieux qu’elle a visités, agrémenté de plusieurs documents fac-similés. Sarah McCoy répond à de nombreuses questions qu’on aurait aimé lui poser à l’issue de notre lecture, et cela devrait être plus fréquent à la fin de chaque roman !
Vous l’aurez compris, Un Parfum d’encre et de liberté est un véritable coup de coeur pour moi, je vous le recommande chaudement.

Ma note :

FiveStars1

Merci aux éditions Michel Lafon pour m’avoir permis de lire ce livre.

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5 Responses to Un Parfum d’encre et de liberté, de Sarah McCoy

  1. Le Vaillant Corinne says:

    Je viens de le terminer et je suis enchantée.
    Je vais aller acheter les autres titres .

  2. Sent says:

    Je viens de terminer un goût de cannelle et d’espoir. Une merveille. J’attends avec impatience de recevoir un parfum d’encre et de liberté.

  3. Samsha says:

    J’ai adoré le premier livre de cette auteure, du coup je suis contente de voir que ton avis sur le second est très favorable! Je suis pressée de le découvrir 🙂

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