Les Lettres volées, de Silène Edgar

Les Lettres voléesSilène Edgar, Les Lettres volées, éd. Castelmore, à paraître le 18 mai 2016

Françoise est la fille de la marquise de Sévigné. Après de longues années d’apprentissage dans leur domaine breton des Rochers, la jeune fille s’apprête à faire son entrée dans le monde et être présentée à la Cour du Roi Soleil.

En bref : La fille de Madame de Sévigné est une jeune adolescente de 14 ans pour qui il est temps de faire son entrée au sein la bonne société parisienne. Sa mère, membre de l’élite de la noblesse française, a tenté de garantir à sa fille une éducation convenable qu’elle lui a prodigué en la confiant à des précepteurs et en lui recommandant diverses lectures qu’il est de bon ton de connaître pour apprendre les bonnes manières, accroître sa culture et briller dans les salons.
La Marquise de Sévigné décide que leur prochain voyage à Paris sera l’occasion de présenter Françoise. La jeune fille sent la pression des convenances peser sur ses épaules. Elle sait que le monde des adultes est bien plus complexe qu’il n’y paraît et que derrière tous ces faux semblants se cachent bien des manigances. Sortira-t-elle la tête haute de ses premiers pas dans le monde des grands ?

« C’est Bussi-Rabutin, le cousin de sa mère, un homme malicieux, taquin, mais très cultivé. Lui aussi, comme Madame de La Fayette, vient aux nouvelles après la longue absence de la petite famille. Il s’est déplacé de Bourgogne exprès, mais en toute discrétion, car il a été exilé dans son château de Bourgogne par Mazarin, le cardinal qui règne sur la France à la place du roi. Le comte de Bussi-Rabutin avait commis apparemment un assez grand crime pour qu’on ne le voie plus, mais sa mère ne lui a jamais révélé ce qu’il en était… peut-être une histoire de maîtresse là encore ? En général, c’est ce qui vaut aux nobles d’être renvoyés chez eux, les histoires de coeur. Décidément, Françoise se sent de moins en moins rassurée à l’idée de pénétrer dans ce monde. » (p. 67-68)

Mais Françoise a une autre source d’inquiétude. Sa mère semble lui cacher des choses. Madame de Sévigné fait des mystères, et s’empourpre vite dès que l’on mentionne un certain Intendant Fouquet, l’homme le plus riche de France et qui gère les caisses du royaume. Son nouveau château de Vaux-Le-Vicomte est sur toutes les lèvres et Françoise rêverait de rencontrer cet homme et de visiter cet endroit dont tout le monde parle, mais elle brûle surtout de découvrir ce que dissimule avec tant d’efforts sa mère.

Mon avis : J’attendais ce nouveau roman de Silène Edgar avec impatience depuis qu’elle m’en avait parlé lors du dernier Salon du Livre Jeunesse de Montreuil en 2015. J’avais lu et adoré 14-14 qu’elle avait co-écrit avec Paul Béorn, également chez Castelmore. J’ai donc pu découvrir Les Lettres volées en avant-première et ce fut un réel bonheur, une nouvelle fois.
Au travers de l’histoire de Françoise de Sévigné, Silène Edgar transporte son lecteur au coeur du XVIIe siècle, en 1661 pour être plus précis, alors que la France sort tout juste de la Fronde (cette période de troubles et de révoltes qui avait marqué les premières années du règne du jeune Louis XIV) et que Versailles n’est pas encore un palais mais un simple relais de chasse bordé par les marais.
Au fil des aventures de la jeune Françoise, on croise de très nombreux personnages célèbres, membres de la noblesse ou ayant marqué les arts et les lettres de leur temps, comme Madame de La Fayette, Corneille, Molière ou encore Le Nôtre, le futur concepteur des jardins de Versailles notamment.
On en apprend également beaucoup sur un personnage essentiel de cette décennie, l’Intendant Fouquet, un bourgeois s’étant élevé jusqu’aux plus hautes sphères de l’État et dont on présume que la fortune ferait même concurrence à celle du roi. Marque ultime de son ascension sociale, Fouquet se fait construire le plus beau des palais de son temps, Vaux-le-Vicomte, et s’attirera même les foudres du souverain pour cet acte orgueilleux de lèse-majesté (alors que le roi lui-même réside encore dans le vieux Palais du Louvre).

« – Tu es vraiment très douée pour la comédie ! lui dit-il souvent.
Ce don n’est cependant pas très apprécié chez une jeune fille de la noblesse : les comédiens sont le plus souvent des vagabonds, qui courent les routes pour se présenter dans les villages ou à la foire. Il paraît cependant que le jeune roi apprécie beaucoup les spectacles de Molière, un dramaturge qui se produit aussi chez Fouquet… décidément, Françoise a vraiment hâte d’aller y faire un tour, dans ce château de Vaux-le-Vicomte ! » (p.57)

Silène Edgar sait incorporer au récit des notions importantes sur les convenances et les mentalités de l’époque, comme la condition féminine et les inégalités entre les classes sociales (on insiste également beaucoup sur la réalité de la vie des classes les plus modestes, un angle de vue souvent laissé de côté dans les romans historiques).

« Elle qui cherchait la liberté, s’aperçoit qu’elle ne l’aura jamais, car elle est une femme ! Pourquoi les hommes ne sont-ils pas obligés de faire de même ? Parce qu’ils ont édicté cette règle qui veut qu’une femme ne soit qu’à un seul homme ? Mais alors pourquoi ces mêmes hommes veulent-ils toujours s’en prendre à l’honneur des femmes alors qu’ils vantent par ailleurs leur sagesse et leur vertu ? S’ils aimaient réellement leurs mères, leurs femmes, leurs soeurs, leurs filles, pourquoi iraient-ils séduire les soeurs et les filles des autres et leur faire perdre leur honneur ? Cela est incompréhensible… » (p.219 – 220)

J’ai dévoré Les Lettres volées, qui se lit d’une traite tant la plume de Silène Edgar est fluide et l’intrigue passionnante. On ressort de ce roman l’esprit enrichit de notions historiques nouvelles (et pour les plus calés dans le domaine, avec une bonne piqure de rappel qui fait du bien).
Quel bonheur de lire de si bons romans qui vulgarisent l’Histoire pour tous, adaptés à un public très jeune (dès 10 ans) mais qui reste tout aussi intéressant et plaisant pour les adultes, la rendant au combien passionnante !

Ma note : 

FiveStars1

Merci aux éditions Castelmore qui m’ont permis de lire ce livre bien avant sa sortie en librairie.

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2 Responses to Les Lettres volées, de Silène Edgar

  1. Laeti says:

    Comme toi, j’aime les romans historiques alors, vu ton avis, je ne peux que me le noter!

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