Le Chant du Rossignol, de Kristin Hannah

Le Chant du RossignolKristin Hannah, Le Chant du Rossignol, éd. Michel Lafon, 7 avril 2016

(Titre original : The Nightingale)

Deux soeurs qu’en apparence tout oppose, vivent l’arrivée des nazis en France de façon drastiquement différente. L’une est frondeuse et tête brûlée, l’autre plus réservée et protectrice.

En bref : La France se remet à peine de La Première Guerre Mondiale, dont les stigmates ont été durs à effacer. Toute une génération d’hommes sont partis au front et ont été décimés. Ceux qui sont revenus n’étaient plus les mêmes. Mutilés et/ou psychologiquement traumatisés, c’est ce qui a changé à jamais le père de Vianne et Isabelle. Après la mort de leur mère, il s’est mis à boire et les a rejetées alors qu’elles n’étaient que des enfants. Vianne a trouvé refuge dans les bras d’un jeune homme qu’elle a rapidement épousé. Isabelle, quant à elle, s’est vue placée dans de multiples pensionnats et a toujours cruellement manqué de cette affection qu’elle recherchait tant.

« – Toi, tu étais seule, dit-elle. Moi jamais. J’ai rencontré Antoine à quatorze ans, je suis tombée enceinte à seize et j’avais à peine dix-sept quand je l’ai épousé. Papa m’a donné cette maison pour se débarrasser de moi. Alors tu vois, je n’ai jamais été seule. C’est pour ça que tu es si forte et moi non. » (p. 135)

En été 1940, les nazis envahissent la France. Ils débarquent à Paris alors que les Français pensaient, selon les dires du gouvernement du maréchal Pétain, que la ligne Maginot les protégeraient de toute incursion allemande, en vain.
Les hommes sont réquisitionnés pour partir au front. Le maréchal Pétain, ce héros de la Première Guerre Mondiale, se réfugie à Vichy et proclame la capitulation de la France. Les Français doivent-ils lui faire confiance, dans l’intérêt de leur pays ?

« La capitulation était une pilule dure à avaler, mais le maréchal Pétain était un homme honorable. Un héros de la dernière guerre contre l’Allemagne. Certes, il était vieux, mais Vianne était d’avis que cela ne faisait que lui offrir un meilleur point de vue pour juger la situation. Il avait trouvé un moyen pour que leurs hommes rentrent chez eux et que la Grande Guerre ne se répète pas. » (p. 82)

Mais Isabelle ne l’entend pas de cette oreille. Un inconnu s’exprime sur les ondes de Radio Londres. Un certain de Gaulle. Il appelle les Français à ne pas baisser les bras, à se révolter et à résister contre l’occupation. Il n’en fallait pas plus à Isabelle pour trouver un nouveau sens à sa vie.

« – Ils étaient cruels parce qu’on était en guerre contre eux, Isabelle. Pétain nous a évité de revivre ça. Il nous a protégés. Il a mis fin à la guerre. À présent, Antoine et tous nos hommes vont rentrer.
– Dans un monde où on doit dire Heil Hitler ? répliqua Isabelle d’un ton méprisant. « La flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas. » C’est ce que de Gaulle a dit. Nous devons nous battre par tous les moyens possibles. Pour la France, V. Pour que la France reste la France. » (p. 103)

Isabelle veut lutter, mais elle est jeune et tête brûlée. Elle ne comprend pas la réaction passive de Vianne, mais celle-ci n’a pas le même tempérament. De plus, elle doit désormais assurer seule la sécurité de son foyer et celle de sa fille Sophie. Elle ne peut se permettre de la mettre en danger, même si cela implique de devoir faire des sacrifices et rogner sur sa dignité.
De 1939 à la fin de la guerre, les deux soeurs vont affronter le pire, l’innommable, devoir puiser jusqu’aux tréfonds de leurs âmes les restes d’énergie pour se battre et rester en vie.

Mon avis : Le Chant du Rossignol est de ces romans qui vous marque à jamais.
Je connais mon Histoire de France. J’ai étudié cette horrible période de l’Histoire que fut la Seconde Guerre Mondiale. Malgré tout, je n’ai pu m’empêcher d’être constamment surprise et déstabilisée lorsque les personnages furent témoins d’un nouvel événement tragique de cette période.

« – Ils ont instauré une nouvelle loi, dit-elle enfin.
Lentement, elle ouvrit sa main gauche pour révéler des morceaux de tissu jaune froissés qui avaient été découpés en forme d’étoiles. Sur chacun d’eux était inscrit en noir le mot JUIF.
– Nous devons porter ça. Nous devons les coudre sur nos vêtements – sur les trois vêtements d’extérieur qui nous sont autorisés – et les porter tout le temps en public. J’ai dû les acheter avec mes tickets de rationnement. » (p. 280)

Les Français sont incrédules face au fait que d’autres Français puissent participer activement à la déportation massive des juifs de France. Le gouvernement de Vichy, censé protéger ses compatriotes, prend entièrement part à la politique de déportation et d’extermination d’Hitler.

« Isabelle ne comprenait pas comment des gendarmes français pouvaient-ils faire ça aux Parisiens ?
– Les enfant ne peuvent tout de même pas travailler, monsieur. Il doit y avoir des milliers d’enfants là-dedans, et des femmes enceintes. Comment…
– Est-ce que j’ai l’air d’être le cerveau de tout ça ? Je fais juste ce qu’on me demande. On me dit d’arrêter les juifs étrangers à Paris, je le fais. Ils veulent qu’on les sépare en deux groupes : les hommes célibataires à Drancy, les familles au Vel’ d’Hiv’. Eh bien, voilà ! C’est fait. Braquez vos fusils sur eux et soyez prêts à tirer. Le gouvernement veut que les juifs étrangers de toute la France soient envoyés à l’Est dans des camps de travail, et nous commençons comme ça.
Toute la France ? Isabelle sentit jaillir l’air de ses poumons. L’opération Vent printanier.
– Vous voulez dire que ça ne se passe pas qu’à Paris ?
– Non, ce n’est que le début. » (p. 301)

La force du roman de Kristin Hannah, Le Chant du Rossignol, est de retracer ce pan de l’Histoire du point de vue des gens ordinaires. La Seconde Guerre Mondiale nous a été racontée à de très nombreuses reprises, dans des livres, des films ou des documentaires, mais généralement en s’attachant aux grands faits historiques, aux généraux et aux politiques.
Le Chant du Rossignol nous permet de découvrir comment a été vécue au quotidien cette guerre atroce. L’auteure nous plonge dans la psychologie de deux femmes aux convictions radicalement opposées et c’est un processus d’identification fort. C’est ce qui rend ce roman aussi puissant. On a beau savoir que des atrocités ont été commises, les redécouvrir à travers les yeux de ces personnages les rends encore plus insoutenables. On ne peut pas non plus nous empêcher de nous interroger, nous lecteur, sur ce qu’aurait été notre réaction face à ces horreurs.
Je pourrais vous parler de ce livre encore longtemps, tant j’en ai extrait de citations. Je préfère vous laisser le découvrir pleinement. Malgré tout, je conclurais ma chronique sur cet extrait, que je trouve tellement d’actualité, et qui mérite qu’on s’interroge encore aujourd’hui sur les relents nationalistes qui parcourent l’Europe, comme si cette tragédie de l’Histoire avait été bien trop vite oubliée.

« – R. est née en Roumanie, expliqua V. d’une voix tendue. Voilà, avec le fait d’être juive, quel est son crime. Le gouvernement de Vichy se fiche qu’elle ait vécu vingt-cinq ans en France et qu’elle ait épousé un Français qui s’est battu pour la France. Elle a donc été déportée. » (p. 321)

Le Chant du Rossignol est très certainement le plus beau livre que j’ai pu lire depuis bien des années. Je vous conseille vivement de découvrir cette histoire poignante et bouleversante sans plus tarder. Coup de coeur absolu pour ce roman.

Ma note :

FiveStars1

Merci aux éditions Michel Lafon pour m’avoir permis de lire ce livre.

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6 Responses to Le Chant du Rossignol, de Kristin Hannah

  1. Caroline says:

    Je viens de finir ce livre, et un grand merci pour ce conseil de lecture. J’ai été happée par cette histoire passionnante. J’ai tremblé avec ces deux femmes extraordinaires et j’ai versé quelques larmes à la fin …
    J’ai vraiment adoré !!

  2. J’ai beaucoup entendu parler de ce roman ces derniers temps. J’espère avoir l’occasion de lire assez rapidement car cette période de l’Histoire m’intéresse beaucoup surtout si elle est racontée par des « civils », je pense que ça donne un côté beaucoup plus brut que ce qu’on peut lire dans les manuels du lycée!

    • Myriam says:

      C’est tout l’intérêt de ce livre je pense, raconter cette horrible période du point de vue des gens comme toi et moi. Et ça ne peut que nous pousser à nous demander ce que nous aurions fait à leur place.

  3. samsha says:

    Je lis énormément d’avis super positifs sur ce livre, il faut absolument que je le découvre à mon tour 🙂 Merci pour ton avis

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