La Sirène, de Kiera Cass

La Sirène

Kiera Cass, La Sirène, éd. Robert Laffont (Collection R), à paraître le 22 septembre 2016

(Titre VO : The Siren)

Kahlen a été changée en sirène après le naufrage du bateau de croisière sur lequel elle se trouvait. Elle est condamnée à servir l’Océan durant cent ans, et à lui fournir des humains pour qu’Il s’en nourrisse. Mais la jeune fille a bien du mal à supporter le poids de cette responsabilité, surtout quand l’amour se matérialise sans prévenir face à elle.

En bref : Le bateau de croisière de Kahlen fait naufrage dans les années 1950, avec à bord toute sa famille. Un mystérieux chant hypnotique pousse les passagers et l’équipage à sombrer irrémédiablement dans l’eau sombre. Kahlen ne fait pas exception à la règle, elle ne semble pas comprendre ce qui la force à sauter de la rambarde du navire.

« Alors, j’ai vu mes parents qui, main dans la main, sautaient dans le vide. Un sourire sur le visage. J’ai poussé un cri. Que se passait-il ? Est-ce qu’ils étaient tous devenus fous ?
La mélodie s’est fait à nouveau entendre et j’ai laissé pendre mes bras le long de mon corps, ma frayeur et mes inquiétudes s’effritant à mesure que les sons s’insinuaient dans mon esprit. Tout à coup, rien ne m’a paru plus agréable que d’être enlacée par les vagues plutôt que fouettée par la pluie. C’était délicieux, à vrai dire. Cette eau, il fallait que je la boive. Que j’en remplisse mon estomac, mon coeur, mes poumons. » (p. 13-14)

Mais l’Océan a décidé de faire une exception pour Kahlen. Elle aura la vie sauve, en échange de cent ans de servitude : elle deviendra une sirène, et chantera pour attirer les humains dans les eaux et nourrir l’Océan chaque année.

« Si tu Lui donnes de ton temps, Elle te donnera la vie. A partir d’aujourd’hui, et pour les cent années à venir, tu ne souffriras ni de maladie ni de blessure, et la vieillesse ne t’affectera pas. Au terme de cent ans de bons et loyaux services, tu récupèreras ta voix et ta liberté. Et tu pourras vivre. » (p. 16)

En dehors de leurs missions, les sirènes sont des jeunes filles en apparence normales. Elles tentent de se fondre parmi les hommes, mais ne peuvent prendre le risque de parler à proximité d’une oreille humaine, car le son de leur voix serait mortel. Elles sont donc condamnées au silence en présence des humains, et doivent être constamment sur leurs gardes. Autrement plus dangereux, si les humains s’aperçoivent des capacités des sirènes et de leur funeste mission pour l’Océan, quel sort leur sera réservé ?

« Et étaler notre secret au grand jour, prendre le risque de servir de cobaye dans un laboratoire. Si les scientifiques découvrent que nous sommes indestructibles, cela pourrait déboucher sur un enfermement qui durerait une éternité, au sens littéral. Et s’ils comprennent que l’Océan Se repaît de vies humaines, ils inventeront très vite une technologie pour puiser Son eau en limitant au maximum les contacts. Et si l’Océan perd peu à peu de sa force vitale… C’est en définitive la survie de l’humanité qui est en jeu. » (p. 40)

Après des décennies passées au service de l’Océan, la mission funeste de Kahlen lui pèse. Elle porte le poids de toutes les vies volées pour l’Océan comme un fardeau, et ne se sent plus la force de continuer.

« Parfois je me demande si je suis encore humaine, ce qui m’angoisse autant que la perspective des naufrages. Comment vais-je pouvoir mener une vie normale après avoir envoyé des milliers de personnes à la mort ? » (p. 62)

Alors qu’elle effectue des recherches sur les victimes d’un récent naufrage qu’elle a provoqué, elle fait la rencontre d’un étudiant de la fac du coin. Elle se fait passer pour muette, mais cela ne l’effraye pas, bien au contraire, il se montre prévenant et attentionné. Une étincelle passe entre les deux jeunes gens, et Kahlen accepte de revoir Akinli. Très vite, cette romance naissante la fait douter. Elle ne s’est jamais sentie si humaine, si vivante, mais sa dette envers l’Océan lui pèse plus que jamais.
Est-il possible pour une sirène d’aimer, en prenant chaque jour le risque que sa véritable identité soit dévoilée ? L’Océan est particulièrement possessif et verrait d’un très mauvais oeil l’arrivée d’Akinli dans sa vie. Cette histoire d’amour pourrait s’avérer dangereuse pour la sirène, mais aussi pour l’homme qu’elle aime.

Mon avis : La Sirène est le nouveau roman de Kiera Cass, après la saga qui l’a rendue célèbre, La Sélection. Il s’agit en réalité du tout premier roman qu’elle a écrit, mais qui a été révisé par la suite.
Kiera Cass retourne aux sources du mythe de la sirène, s’inspirant de diverses mythologies autour de ces créatures marines qui précipitent les humains vers un funeste destin.

« […] nous apprenons que les Roussalki de la mythologie slave sont les esprits des femmes noyées qui hantent rivières et cours d’eau. Les Ondines peuvent obtenir une âme en se liant à un mortel. Les Sirènes sont dotées de somptueuses chevelures et de longues queues, les Naïades ne vivent que dans l’eau douce et les Grecs vouaient à tout un aréopage de divinités aquatiques. » (p. 304-305) 

La Sirène est un roman indépendant, qui se lit de façon agréable au bord de l’eau, une lecture détente et légère, même si elle n’est pas dénuée de drame.
J’ai apprécié la relation complexe qui unit Kahlen et l’Océan, cette ambigüité, ce mélange d’amour maternel et de jalousie possessive, voire maladive de l’Océan qui considère ses sirènes comme ses enfants et ne tolère pas qu’elles partagent leur amour avec quiconque d’autre qu’Elle. Cela fait parfois écho aux relations toxiques que l’on peut parfois connaître dans la vie du quotidien.
Ce roman est une bonne solution pour prolonger l’été en cette période de rentrée scolaire et alors que les feuilles des arbres recommencent à tomber.
Une fois de plus, Kiera Cass s’illustre avec un sujet qu’elle connaît bien, celui de l’amour impossible, non plus dans une dystopie mais qui s’inscrit dans notre monde réel, avec une once de fantastique.
J’ai néanmoins noté quelques petites incohérences, qui auraient mérité une nouvelle relecture, dommage (lorsqu’elle rencontre Akinli, celui-ci dit à Kahlen qu’il est fils unique, or elle affirme qu’elle ignore s’il a des frères et soeurs quelques pages plus loin).
Vous l’aurez compris, La Sirène reprend les codes de La Sélection (notamment avec une couverture à la charte graphique toute similaire), pour ancrer son récit dans le réel et nous proposer une nouvelle histoire d’amour contrarié mais toujours très légère.

Et en bonus, pour tous les amoureux des livres que nous sommes, l’extrait qui fait plaisir :

« La magie opère dès que nous franchissons le seuil. Contrairement aux librairies des grandes villes, semblables à des supermarchés, celle-ci a une âme. Les murs disparaissent sous un véritable capharnaüm, créant une atmosphère décalée et intimiste. Je fais courir mes doigts sur les étagères, déjà amoureuse de tous ces livres. Ils représentent un refuge, un havre de paix. On trouve toujours des histoires édifiantes qui prouvent que nous ne sommes pas seuls à traverser des épreuves et à en sortir vainqueurs. Cela me rassure. » (p. 184-185)

Ma note : 

Fourstars2

Merci à la Collection R/Robert Laffont pour m’avoir permis de lire ce livre.

 

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