À la place du coeur, saison 1, d’Arnaud Cathrine

a-la-place-du-coeur-saison-1Arnaud Cathrine, À la place du coeur (saison 1), éd. Robert Laffont (Collection R), 1er septembre 2016

Six jours de janvier 2015 vont transformer le quotidien des Français en cauchemar. Dans une petite ville de province comme il en existe des milliers en France, des adolescents vivent les premiers attentats qui endeuillent leur pays comme un coup de poing, et peinent à l’accorder avec la réalité qui est la leur.

En bref : Caumes est un adolescent comme bien d’autres. Il a grandi au sein d’une famille conservatrice, dans une petite ville de province. Ses amis et lui représentent la diversité qui fait la France : Hakim, un fils d’immigré nord-africain, Esther, la fille d’un couple de restaurateurs juifs… mais également d’autres jeunes dont les parents ne cachent pas leurs proximité avec les extrêmes.
Caumes fête son dix-huitième anniversaire, et la belle Esther se rapproche de lui. Il n’en croit pas ses yeux, comment une aussi jolie fille peut s’intéresser à lui ? Alors qu’il est assailli de doutes, l’horreur frappe la France. Durant six jours de janvier 2015, le pays va être endeuillé par de terribles attentats. L’horreur défie l’entendement. Et ces événements sont encore plus difficilement assimilables pour des adolescents qui peinent à cerner leur situation : plus des enfants, pas tout à fait des adultes.

« J’observe Esther discrètement. C’est trop chelou, ce qui est en train d’arriver : je suis fou amoureux pour la première fois de ma vie et des tarés ont flingué douze personnes de sang-froid. Je ne sais pas quoi faire de ce constat. » (p. 70)

« J’ai honte depuis mercredi matin. Honte d’être amoureux. Honte d’être tout à mon obsession et de ne pas être totalement assailli – quoiqu’assalli quand même – par la sauvagerie qui paralyse mon pays. Impression de ne pas avoir le droit de vivre ça. Est-ce ma faute si le pire et le meilleur sont survenus au même moment ? » (p. 170-171)

republiqueMon avis : Ce premier tome d’À la place du coeur aborde vous l’aurez compris un sujet particulièrement douloureux et encore à vif, celui des attentats de janvier 2015 qui ont frappé Paris durant trois jours consécutifs.
Bien au delà, Arnaud Cathrine insiste sur les effets que ces événements ont eu sur les adolescents d’une petite ville de France (qui n’est volontairement pas identifiée précisément, afin de pouvoir être plus aisément transposable partout dans le pays).
Lorsqu’on m’a parlé de ce roman, j’ai tout d’abord eu quelques réserves. Il était encore trop tôt, selon moi, pour parler de cette tragédie avec le recul nécessaire. Je vois de plus en plus de romans paraître qui traitent des attentats ayant frappé la France, et cela me met assez mal à l’aise, pour de nombreuses raisons. Malheureusement, les attentats de janvier 2015 ne furent pas les derniers, et la France a encore été endeuillée à de multiples reprises depuis. Ce sujet est donc particulièrement sensible et difficile.
Malgré tout, j’ai succombé et je lui ai donné sa chance.
Autant vous dire que dès les premières pages, sachant bien évidemment que le pire était à venir, mon ventre était crispé d’angoisse. Comment l’auteur allait-il amener la chose ? Et c’est arrivé. C’était douloureux. Revivre l’annonce de la tuerie à Charlie Hebdo, même au travers d’une fiction, ça vous chamboule. Et cela a été le cas tout au long de ce roman.
J’ai trouvé que l’intérêt de ce livre ne résidait pas tant dans la narration des attentats, qui ne constituent finalement que la toile de fond de l’histoire. L’accent est mis sur les conséquences de ces atrocités sur la vie d’adolescents comme il en existe des millions en France, de toutes origines, toutes confessions religieuses et toutes orientations politiques. Il est assez flagrant de constater qu’une bande de copains qui fumaient et buvaient ensemble sur les gradins d’un stade de foot la veille, s’entre-déchirent le lendemain, animés par des sentiments de haine et de rejet de l’autre qu’ils ne maîtrisent pas, et que les adultes ont projetés sur eux.

« J’espérais me réveiller régénéré, prêt à affronter un ultime rebondissement dans la grande histoire (quel attentat, ce matin ?) ou le tranchant de ma petite histoire à moi […], mais je me sens dans le même état de vide intérieur […]. La vérité, c’est que je ne sais pas quoi faire de tout ça. C’est beaucoup trop à héberger dans un seul corps : la terreur et l’amour. » (p.180)

À la place du coeur est donc un roman bouleversant à bien des niveaux. Il n’édulcore pas les situations. Le vocabulaire est cru, comme l’est celui des adolescents. Ce roman est réaliste, il est vrai, et il devrait être lu par tous, afin d’ouvrir les yeux sur les conséquences des clivages des adultes et des raccourcis d’opinions qui peuvent briser la vie des enfants et adolescents qui n’aspirent qu’à grandir ensemble, entourés ce ceux qu’ils aiment.

Ma note :

FiveStars1

Merci aux éditions Robert Laffont pour m’avoir permis de lire ce livre.

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