Les Mots entre mes mains, de Guinevere Glasfurd

les-mots-entre-mes-mainsGuinevere Glasfurd, Les Mots entre mes mains, éd. Préludes, 24 août 2016

(Titre VO : The Words In My Hand)

Une jeune servante au service d’un libraire d’Amsterdam fait la rencontre de Renée Descartes, venu passer quelques mois de retraite afin de travailler à son dernier ouvrage. Helena souhaite apprendre, et le penseur est fasciné par sa détermination. 

En bref : Helena Jans doit trouver un travail pour subvenir à ses besoins. Son père est mort, son frère s’est engagé dans la marine marchande, et sa mère ne peut plus s’occuper d’elle. La jeune fille débarque donc à Amsterdam où elle intègre un poste de servante pour le compte d’un libraire anglais établi aux Pays-Bas. Ce dernier a le grand honneur de recevoir le célèbre penseur René Descartes pour quelques mois, alors qu’il souhaite s’isoler au calme pour achever l’écriture de sa Méthode.
Helena est bien différente des jeunes filles de son âge à son époque. Elle a une fascination pour l’écriture. Lorsqu’elle vivait aux côtés de son frère, elle espionnait ses leçons pour apprendre l’alphabet. En parallèle de ses tâches ménagères auprès du libraire, elle tente de se fabriquer des ustensiles qui lui permettront de s’entraîner à l’écriture, mais également d’apprendre à la petite bonne des voisins.
René Descartes n’est pas indifférent à l’aura de cette jeune servante qui présente un goût prononcé pour la connaissance et une grande curiosité pour ce qui l’entoure.
Une relation inattendue et très ambigüe va dès lors se nouer entre les deux individus, et qui ne seront pas dénuées de conséquences.

les-mots-entre-mes-mains-sorbonneMon avis :  Les Mots entre mes mains est un très beau roman historique, mais également un formidable plaidoyer féministe, à une époque (le XVIIe siècle) où la place de la femme était à la maison dont elle devait s’occuper, et dans la chambre à coucher pour mettre au monde des enfants.
Le roman de Guinevere Glasfurd met en scène le personnage d’une jeune femme, Helena Jans, et sa rencontre (réelle) avec René Descartes lors de son séjour aux Pays Bas dans les années 1630-40. A partir de données historiques, l’auteure réécrit ce a quoi aurait pu ressembler leur histoire commune.
Helena Jans est une jeune femme qui se bat pour acquérir des connaissances, comprendre le monde qui l’entoure, même si celui-ci est exclusivement réservé aux hommes.

« Je n’ai aucun mal à trouver la bibliothèque : sans le savoir, je suis passée devant en allant à la rivière. Une fois dans la cour, je ne sais plus très bien comment m’y prendre et je me réfugie dans un coin. […]
J’entends parler hollandais, français et d’autres langues que je ne connais pas : le monde entier s’est donné rendez-vous ici. Pourtant, pas une femme n’en franchit le seuil, pas même une servante pour passer le balai – est-ce parce que penser ne fait pas de poussière ? Ma lettre n’est ni un parchemin, ni un livre – et je ne suis pas un homme. » (p. 220)

Elle a soif de connaissances, et René Descartes va lui en offrir. Mais cette relation qu’elle croit tout d’abord basée sur l’échange de savoir, va se muer en une attirance charnelle.
Les Mots entre mes mains m’a beaucoup rappelé un roman qui m’avait profondément troublée il y a plusieurs années : Une Vie de Maupassant. Une fois de plus, une femme qui cherche le meilleur dans la gente masculine, va être successivement trahie et abusée par tous les hommes de son entourage. Le roman de Guinevere Glasfurd est en cela profondément troublant et révoltant. La condition féminine au XVIIe siècle n’est pas des plus reluisante, mais on aurait pu croire qu’un grand penseur comme René Descartes aurait été plus enclin à faire évoluer les choses. Cela était sans compter ses propres priorités, centrées sur son oeuvre qui passe avant toute chose, même les plus humaines.
Les Mots entre mes mains est un magnifique roman historique qui vous fera découvrir une partie méconnue de l’histoire de René Descartes, mais qui vous amènera également à vous interroger sur la face cachée de ces grands hommes de lettres que l’on célèbre aujourd’hui. Coup de coeur pour ce roman.

Ma note :

FiveStars1

Merci aux éditions Préludes qui m’ont permis de lire ce livre.

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