Forbidden, de Tabitha Suzuma

ForbiddenTabitha Suzuma, Forbidden, éd. Milady, à paraître le 22 septembre 2017

(Titre VO : Forbidden)

Délaissés par leurs deux parents, une famille de cinq enfants doit apprendre à vivre par elle-même sans alerter les services sociaux. Très vite, les deux ainés vont développer des sentiments réciproques, bien au-delà de ceux éprouvés entre un frère et une soeur.

En bref : Lochan et Maya sont les deux aînés d’une fratrie de cinq enfants, dont la plus jeune a cinq ans. Après le départ de leur père qui s’est remarié et a déménagé en Australie, ne demandant plus jamais de leurs nouvelles, la mère des enfants a elle aussi décidé de refaire sa vie… Celle-ci sort le soir, fait la fête, boit, rentre ivre chez elle, jusqu’au jour où elle décide tout bonnement de s’installer chez son petit-ami, laissant ses propres enfants livrés à eux-même.
Lochan et Maya doivent donc très vite assumer le rôle de parents de substitution au sein de cette famille au combien dysfonctionnelle, en plus de poursuivre une scolarité normale et, pour Lochan, de passer le bac au terme de l’année scolaire.
Très vite, les deux ados vont développer des sentiments bien au-delà de ceux qu’éprouvent un frère et une soeur l’un envers l’autre. Ces deux-là sont également meilleurs amis, et se considèrent bien vite comme des âmes soeurs… s’aimant comme un homme et une femme.
Ayant pris conscience de leurs sentiments mutuels envers l’autre et ayant dépassé le stade de la révulsion, ils apprivoisent progressivement cette nouvelle relation naissante, tout en se cachant du reste du monde, car ne comprenant pas eux-même ce qui se passe en eux, et comment cela pourrait être interprété si cette relation était dévoilée au grand jour.

« Ils ne pourront pas nous en empêcher, poursuit-elle, puisque c’est ce que nous voulons tous les deux. Par contre, nous devons cesser de penser que c’est mal, Lochie. Ça, c’est ce que les autres croient, mais c’est leur problème, ce sont leurs stupides lois, leurs préjugés. Ce sont eux qui ont tort, qui ont l’esprit étroit, qui sont cruels… Puis elle m’embrasse l’oreille, le cou, la bouche. – Ce sont eux qui ont tort, répète-t-elle. Parce qu’ils ne comprennent rien. Je me fiche que le hasard biologique veuille que tu sois mon frère. Je ne t’ai jamais perçu comme tel. Tu as toujours été mon meilleur ami, mon âme soeur, et maintenant je suis amoureuse de toi. En quoi est-ce un crime ? Je veux pouvoir te tenir dans mes bras, t’embrasser et… Bref, faire ce que font les amoureux. » (Chapitre 15)

« Je voudrais l’entendre dire qu’il trouvera une solution. J’ai besoin qu’il me le garantisse, qu’il me promette qu’ensemble, nous y arriverons, car nous sommes si forts, tous les deux. N’avons-nous pas élevé une famille, lui et moi ? » (Chapitre 18)

Mon avis : On a beaucoup parlé de Forbidden depuis qu’il est paru au Royaume-Uni il y a quelques années de cela. Depuis, de très nombreux lecteurs français, l’ayant lu en VO, en ont fait l’éloge, et de nombreux éditeurs se sont longtemps questionnés sur l’éventualité de le publier au sein de leur collection. Toutefois, faire le choix de publier un roman, labellisé young adult, et traitant du sujet de l’inceste, était un pari risqué. C’est finalement Milady qui a décidé de relever le défi, changeant toutefois la tranche d’âge pour laquelle ce livre sera destiné, puisque l’éditeur le publie en New Adult (ce qui a plus de sens selon moi, au regard du contenu du livre, et des scènes assez matures qu’il comporte).
Je partais donc avec de grandes attentes pour ce roman (et vous savez que cela peut s’avérer très dangereux, si vous en avez déjà fait l’amère expérience).
Au-delà du sujet qui est assez discutable, j’ai tout d’abord eu quelques difficultés à rentrer dans le roman, car j’ai trouvé que le récit était assez lent à se mettre en place. Une grande partie du roman nous décrit la dynamique dysfonctionnelle de la famille au sein de laquelle les deux protagonistes évoluent. Il s’agit certes d’un élément très important du roman, qui permet de comprendre la situation dans laquelle ils vont se retrouver par la suite, mais j’ai eu la constante impression que le roman ne parvenait pas à évoluer considérablement tout au long de son intrigue.
Même problème une fois que la romance entre Lochan et Maya est révélée et que les personnages ont acceptés leurs sentiments. Ils ne font que s’interroger perpétuellement sur le pourquoi de ces sentiments, les raisons pour lesquelles l’inceste n’est pas toléré par la société (ce qui paraît pourtant évident, mais apparemment pas pour les personnages), et la manière de poursuivre leur relation sans que personne ne s’en aperçoive, afin que leurs frères et soeurs en bas âge ne leurs soient pas retirés par les services sociaux et placés dans un foyer d’accueil. Rappelons que ces enfants vivent sans aucun parent pour les éduquer et prendre soin d’eux, et quasiment sans argent pour assurer leur bien être quotidien (nourriture décente, vêtements neufs, etc.). Ces interrogations sont récurrentes au fil des pages, et le lecteur a vraiment l’impression que l’auteur ne sait pas réellement que faire de ses personnages, qui en sont toujours au même point, n’évoluent pas et ressassent encore et toujours les mêmes interrogations stériles.

« Je ne comprends pas. Je ne comprends pas. Je suis certain que c’est déjà arrivé, que des frères et des soeurs sont déjà tombés amoureux l’un de l’autre. Et nul doute qu’on les a autorisés à exprimer leur amour, tant sur le plan charnel qu’émotionnel, sans les vilipender, les ostraciser, voire les jeter en prison. Mais je sais aussi que l’inceste est illégal. En nous aimant, sentimentalement et physiquement, nous commettons un délit. Et cette pensée me terrifie. C’est une chose de se cacher du monde, c’en est une autre d’agir dans le dos de la loi. » (Chapitre 19)

*** Mode sarcasme ON :
Sûr que c’est déjà arrivé… et ça s’est si bien terminé !***

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La goutte d’eau aura été pour moi le passage où Lochan et Maya tentent de justifier l’inceste, au même titre que l’on ne punit pas l’adultère. De ce point de vue, nous avons vraiment droit à un raisonnement d’adolescents et non pas de personnes adultes et matures, laissant totalement de côté les problématiques biologiques qu’engendreraient de telles relations.

« Même les relations adultères, ou bien celles où une personne exerce un pouvoir affectif sur l’autre, sont tolérées, en dépit du tort qu’elles sont susceptibles de causer. Dans notre société progressiste et permissive, les relations dysfonctionnelles et abusives sont admises, mais pas la nôtre. Je ne vois aucun autre amour qui provoque une telle levée de boucliers, et pourtant il est si profond, passionné, attentionné et puissant que si l’on nous forçait à nous séparer, nous en concevrions une douleur inimaginable. Pourquoi la société tiendrait-elle tant à nous punir ? Est-ce notre faute si nous avons été engendrés par la même femme ? » (Chapitre 23)

Ce passage m’a même posé problème dans la mesure où l’auteur, par le biais de son personnage, implique que les relations abusives sont tolérées et acceptées par la société. On ne la remerciera donc pas d’avoir totalement occulté les très nombreuses campagnes de sensibilisation contre les violences conjugales, physiques et morales, et d’avoir par ce biais peut-être contribué à « relativiser » les souffrances des femmes abusées par leur compagnon et à qui il faut un courage énorme pour tenter de sortir de cette dynamique perverse, même si elles sont accueillies et protégées par la police et des associations spécialisées. Certains diront que je pousse le raisonnement trop loin, mais c’était mon ressenti.
Dernier point, j’ai trouvé Forbidden assez peu crédible en ce qui concerne le fait que la mère, alcoolique et absente, ne soit pas inquiété par les autorités. L’ouvrage est totalement dénué de morale, et s’il en comportait une, je dois être totalement passée à côté.
Vous l’aurez compris, je n’ai pas du tout accroché à Forbidden, et c’est bien dommage compte tenu de tout le battage qu’on en avait fait depuis des années. Toutefois, de très nombreuses personnes ont trouvé ce roman magnifique, vous pourrez donc également être séduit si vous choisissez de lui donner sa chance et c’est ce que je vous conseille de faire, puisque cet avis n’engage que moi !

Ma note :

Twostars

Merci aux éditions Milady pour m’avoir permis de lire ce livre.

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4 Responses to Forbidden, de Tabitha Suzuma

  1. J’avoue que je suis très partagée concernant ce livre : je n’arrive vraiment pas à me décider sur si je veux le lire ou non. Pas sûre d’avoir envie de m’y confronter, d’autant plus que, dans les extraits que tu as mis, le style de l’auteur ne m’a pas beaucoup parlé. Mais il faut reconnaître que ce livre réussit à faire autant parler des années encore après sa sortie, et ça ce n’est pas donné à tous 😀

  2. Caroline says:

    Hello. Merci de nous faire profiter de tes lectures de l’été ! Alors celui là pour le coup, malgré un sujet qui aurait pu être intéressant, on n’a plus trop envie de le lire ! Merci pour cette chronique et bonnes vacances 🙂

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