Le Gang des rêves, de Luca Di Fulvio

Luca Di Fulvio, Le Gang des rêves, éd. Pocket, mai 2017

(Titre VO : La Gang dei sogni)

Années 1910. Une jeune italienne émigre aux États-Unis avec son bébé dans l’espoir d’un avenir meilleur pour eux deux. 10 ans plus tard, Christmas a grandi et tente de se sortir du guetto italien de New-York. Son rêve : raconter des histoires. Son talent : une imagination sans limites. Le destin d’un garçon des rues croise celui d’une jeune fille de la haute société, et leur rencontre va bouleverser leur existence de la plus inimaginable des façons.

En bref : 1909. Cetta Luminita est violée par l’ami du propriétaire des terres agricoles sur lesquelles travaillent sa famille et elle. Encore toute jeune fille, Cetta décide de laisser derrière elle cette vie sordide et miséreuse, quitter cette Italie sans avenir pour elle ou son bébé. Vendant son corps au capitaine du premier paquebot en partance pour les États-Unis, elle parvient à « payer » leur traversée jusqu’au nouveau monde, terre de toutes les promesses. Cetta débarque à Ellis Island, et est inspectée comme tous les nouveaux immigrants venus de cette vieille Europe en crise. Elle est remise par le capitaine entre les mains du mafieux italien qui règne sur le guetto de New York. Cetta est jeune et belle, elle doit travailler pour gagner son pain. Elle sera prostituée dans le bordel géré par le chef de la mafia.
1922. Le fils de Cetta, Christmas, a grandi et est désormais un jeune adolescent qui tente de faire ses preuves parmi les garçons de son âge. Mais aucun d’entre eux ne souhaite l’intégrer à son gang de petites frappes. Christmas (la traduction littérale de « Natale », son nom italien, donné par les agents de l’immigration à son arrivée à New York) fait rire ses camarades. Qu’à cela ne tienne, si aucun gang ne veut de lui, Christmas le débrouillard, l’ingénieux, le créatif, dirigera le sien. Par des concours de circonstance incroyables, le jeune garçon sait tirer chaque situation à son avantage, et parvient comme personne à raconter une histoire en laquelle chacun se plairait à croire.

« – Je sais raconter des histoires. C’est le seul truc que je fais bien » reprit Christmas en retrouvant le sourire. Et il sut que, s’il s’était regardé dans un miroir, il aurait retrouvé aussi son regard, celui que Pep avait vu, il y a des années de cela. « Et les gens croient à mes histoires parce qu’ils aiment rêver. » » (p. 419)

Le sort est aussi parfois cruel, et Christmas croise un soir le chemin d’une jeune fille juive des quartiers riches de New York, violée, battue, mutilée et laissée pour morte sur un trottoir. Porté par son élan de générosité et sa bonté naturelle, il lui porte secours et se sent le devoir de la protéger, quoi qu’il arrive. Le destin de ces deux jeunes gens que tout sépare et que rien ne prédestinait à associer, va irrémédiablement basculer lorsque leurs chemins se croisent pour la première fois ce soir là. Des années durant, ils n’auront de cesse de s’amadouer, tout en se cherchant soi-même.

Mon avis : Le Gang des rêves est un roman assez atypique. C’est une véritable fresque historique qui nous parle de ce célèbre rêve américain tant convoité. Il nous conte l’histoire de cette famille monoparentale partie de rien, et qui tente malgré tous les obstacles de maintenir une existence décente. Cetta n’a aucun talent particulier, mais cette jeune fille violée durant son adolescence, n’aura de cesse de vouloir le meilleur pour son fils, le fruit de ce viol, mais qui est toute sa vie. Malgré son travail de prostituée, elle est une mère modèle, qui n’hésite pas à lui inculquer les valeurs d’un homme bon et brave, qui ne reproduira pas les erreurs de ses pairs. Christmas, moqué par ses camarades qui refusent de l’intégrer à sa bande, crée tout simplement la sienne, les Diamond Dogs, une bande fictive, qui ne comprend comme membres que son meilleur ami et lui-même comme chef. Mais Christmas est intelligent, et il sait raconter des histoires. Il se souvient de toutes ces leçons inculquées par sa mère durant son enfance, et n’hésite pas à les relayer sur le ton de l’intimidation d’un vrai chef redouté de tous. Il impose son autorité (fictive) et tout son quartier y croit.

« Si quelqu’un fait du mal à une femme, je lui coupe le zizi de mes mains et puis je le tue. Ce sont les règles de ma bande, fit Christmas en faisant un pas vers le garçon. Et s’ils me font la peau, je reviendrai de l’au-delà pour faire de leur vie un cauchemar sans fin. Ceux qui s’en prennent aux femmes sont des lâches. C’est pour ça que j’en ai rien à foutre, d’être ici. Moi, j’ai pas peur. » (p. 86)

Le Gang des rêves, c’est aussi la réalité du célèbre rêve américain donc, selon lequel n’importe qui peut devenir, s’il travaille dur et le souhaite suffisamment, celui qu’il a toujours rêvé d’être. C’est la démystification d’un monument de la culture américaine, un mirage. Car la réalité rappelle chaque jour, à chaque coin de rue, dès le début du XXe siècle, que le rêve américain sourit plus facilement aux personnes déjà privilégiées qu’aux pauvres et aux personnes de couleur.

« Et il entendait aussi toutes leurs rengaines sur l’Amérique, l’extraordinaire nation qui promettait tout mais qui, à eux, ne donnait rien. Et tandis qu’il les poussait, se frayant un passage parmi les marchands ambulants de lacets et bretelles, et parmi les femmes occupées à envelopper dans du papier une saucisse qui devrait suffire à quatre bouches, il retrouvait la sensation de malaise et d’exaspération qu’il avait toujours ressentie, parce que ces gens parlaient de l’Amérique comme d’un mirage, comme de quelque chose qui n’existait que dans les histoires, alors qu’elle était pourtant là, devant leurs immeubles : comme s’ils ne savaient pas la voir, la saisir ! comme s’ils étaient partis mais jamais arrivés ! » (p. 273-274)

« Et aucun des blancs des étages supérieurs ne le reconnaissait jamais. Pour les blancs, les noirs étaient tous pareils. Comme un connard de chien sur le trottoir, qui ressemblait aux millions de connards de chiens sur tous les trottoirs de New York. » (p. 488)

Sans trop vous en révéler sur la teneur de ce roman magnifique (car je pense qu’il faut également se laisser porter par la plume de Luca Di Fulvio, et par son imagination débordante, qui transparaît par le biais de son personnage principal Christmas. Le Gang des rêves est un roman s’étalant sur des décennies, qui vous embarquera depuis l’Italie jusqu’aux rives de la côte Est américaine, au fil des rues de New York, traversant les quartiers italiens, juifs, irlandais et noirs de Brooklyn. Vous vous enfoncerez peu à peu au coeur des terres américaines, pour ensuite traverser ce pays-continent jusque sur la côte Ouest, Los Angeles et San Diego… Vous y croiserez les grands noms de la radio, du théâtre et du cinéma hollywoodien de l’époque, stars accomplies ou en devenir : Fred Astaire, Jimmy Durante, Greta Garbo, Rudolph Valentino, Gloria Swanson, et rien de moins que Humphrey Bogart. Les références à la mode de l’époque sont disséminées partout au fil des pages, à vous de les relever !

« C’est qui, Coco Chanel ? demanda Christmas – Une grande dame ! Je viens d’offrir son N°5 à Ruth. Exceptionnel ! Mais elle est trop européenne pour les Américains. » (p. 277)

Et pour terminer cette chronique, si vous n’avez jusque là toujours pas été tenté de découvrir ce magnifique roman, mention spéciale pour l’insulte la plus originale, drôle et pleine de bagou que j’aurais retenue grâce au Gang des rêves (et que je ne peux plus m’empêcher de ressortir dès que l’occasion se présente) :

« – Pétard, un assassin ! Un vrai de vrai, tu veux dire ? » (p. 281)

Vous l’aurez compris, j’ai pris grand plaisir à me laisser porter par les aventures de Christmas et des Diamond Dogs, je me suis laissée entraîner au fil de ses aventures rocambolesques, j’ai été épatée par son incroyable talent et son ingéniosité afin de se sortir des griffes de ce guetto italien qui l’étouffe, et dont sa mère souhaite l’éloigner pour qu’il réalise son rêve, celui d’un vrai Américain. J’avais des étoiles plein les yeux et un grand sourire aux lèvres en refermant Le Gang des rêves. La meilleure des sensations pour un amoureux des livres.
Alors, il ne vous reste plus qu’une chose à faire, ouvrir ce roman… et entrer dans le Gang !

Ma note :

Merci aux éditions Pocket pour m’avoir permis de lire ce livre.

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10 Responses to Le Gang des rêves, de Luca Di Fulvio

  1. Amita says:

    Il me tente aussi beaucoup mais il est très gros et j’ai peur de mettre du temps à le lire ou de m’ennuyer…

  2. Carlottaa says:

    Salut! j’ai feuilleté ce livre et il ne m’attire pas du tout. Je pense que l’intrigue est certainement bien menée, et qu’il y a de l’intensité dramatique et tout et tout. Mais je trouve agaçant cette manie des auteurs d’écrire des histoires avec un langage très vulgaire, et avec au moins un personnage féminin qui se fait violer à un moment donné puis qui devient prostituée (mais bien sûr), sans compter des ambiances répétées de violence et de racisme. Malgré ce tableau affligeant, ce genre de bouquin reçoit souvent des 5 étoiles sous prétexte que se sont des romans historiques pour la plupart. Attention j’en lis aussi de ce genre d’histoires mais qu’en on y réfléchit bien, ce genre de thèmes récurrents en littérature et très à la mode en ce moment est inintéressant et n’élève en rien mes pensées.

    • Myriam says:

      Je te trouve bien virulente dans ton commmentaire Carlottaa, qu’est ce qui se passe, c’est l’effet Irma ? (au passage j’espère que ça va de ton côté)

      • Carlottaa says:

        Salut! je vais bien, mais ta blague avec « Irma » est de mauvais gout je trouve. Ensuite je ne suis pas la seule à tenir ces propos sur ce livre. Ex quelques commentaires sur Amazon. Certes ce livre est plutôt encensé en ce moment, mais cela n’empêche pas que les thèmes abordés puissent être choquants pour certains. De plus il t’es arrivé aussi en vidéos d’avoir des avis très négatifs sur des livres appréciés du grand public.(ex l’avant dernier livre de Raphaëlle Giordano), donc tout comme toi je peux être agacée par une lecture lol !

        • Myriam says:

          Bon, j’ai toujours eu un humour un peu douteux, malheureusement c’est comme ça.
          Après, ce que je voulais dire, c’est que tu ne l’as pas lu donc c’est un peu dur d’avoir de tels jugements (le Raphaëlle Giordano, je l’avais lu pour être assez dure avec lui).
          Mais dans tous les cas, tu as le droit de ne pas être tentée par ce livre, je te l’accorde complètement.
          Comme d’habitude, le ton assez ironique passe très mal par écrit (en commentaire) donc je pense qu’on s’est mal comprises.
          On est good ? 😉

          • Carlottaa says:

            Oui on est good; C’est vrai que je l’ai lu partiellement mais je ne me force plus à continuer un livre dont je n’aime pas le ton et/ou le sujet. Les rares fois ou je l’ai fait mon impression première n’a pas changé. Bonnes suites de lectures à toi!

  3. Jérémy says:

    Il dort tranquillement dans ma liseuse….il attend patiemment que je le commence ta chronique a accru mon désir de le lire ^^.

    Une question je viens de commencer Games of thrones la série….j’ai commencé Samedi et n’est pas réussit à décrocher de tout le week-end (^_^)….par contre l’ai essayé le livre et je n’y arrive pas….Peux-tu me dire ce que tu penses du livre(toutes mes excuses de te redemander, mais je ne me souviens plus ce que tu en as dit)?

    Bon dimanche

    • Myriam says:

      Super nouvelle, j’espère que ce magnifique roman saura te faire rêver lorsque tu décideras de le lire 🙂
      Concernant Le Trône de fer, tu peux retrouver ma (vieille) chronique du tome 1 ici, j’avais personnellement lu le livre avant de regarder la série pour avoir un regard neuf sur l’histoire, et j’avais bien aimé (mais j’ai stoppé ma lecture faute de temps). Par contre, les nouvelles couvertures des éditions J’ai Lu, sorties depuis le mois dernier, me font très envie !

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