Il est grand temps de rallumer les étoiles, de Virginie Grimaldi

Virginie Grimaldi, Il est grand temps de rallumer les étoiles, éd. Fayard, 2 mai 2018

Lorsqu’elle perd son emploi, Anna, qui ne parvient plus à joindre les deux bouts, embarque ses deux filles en camping-car pour une virée en Scandinavie, afin de renouer avec l’essentiel : l’humain.

En bref : Anna élève seule ses deux filles, Chloé, l’adolescente en dernière année de lycée, et Lily, qui peine à trouver sa place au collège. Chloé a une très faible estime d’elle-même, accorde trop d’importance au regard des autres et craint plus que tout le rejet. Lily est maltraitée par deux de ses camarades. Lorsqu’Anna perd son emploi de serveuse dans un restaurant, que les factures s’accumulent et que les créanciers se font de plus en plus insistants, elle emprunte le camping-car de son père et embarque Chloé et Lily sur un coup de tête : un road-trip en Scandinavie.
Les deux ados pensent que leur mère ne sait plus ce qu’elle fait, et décident de lui mener la vie dure afin de rentrer à la maison.
Ce voyage surprenant va très vite leur réserver bien des surprises : au-delà du renforcement des liens mère-filles et entre soeurs, il va bouleverser leur vision des rapports humains, et des objectifs de vie.
Si la réalité ne change pas, les personnes, si.

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Mon avis : Je n’avais jamais lu de roman de Virginie Grimaldi auparavant (même si j’ai déjà Le premier jour du reste de ma vie et Tu comprendras quand tu seras plus grande dans ma PAL). Et comme il n’est jamais trop tard pour bien faire, c’est avec son quatrième roman que je découvre la plume entraînante de cette auteure.
Il est grand temps de rallumer les étoiles traite de sujets qui ont profondément résonné en moi : les crises d’angoisse, l’hypersensibilité, le besoin de reconnaissance, la peur de l’abandon… Autant de thématiques qui nous sont parfois familières.
Tous ces sujets sont traités avec une incroyable justesse. J’ignore si l’auteure parle d’expérience, mais on se reconnaît instantanément dans la description de ce que vivent ses personnages, et c’est ce qui m’a le plus touchée.

« J’avais dix-huit ans lorsque j’ai fait ma première attaque de panique. J’étais au volant, de nuit, sur le périphérique, je rentrais d’une soirée avec des copains. […] J’ai d’abord senti des fourmis dans les doigts. Des bouffées de chaleur. J’étouffais. […] Ma mâchoire s’est contractée, mon coeur s’est mis à battre fort, tellement fort, tellement vite que je pensais qu’il allait s’arrêter. […] Tout était cotonneux autour de moi, comme si ce n’était pas vraiment réel. Mon corps tremblait, je n’entendais même pas les voitures qui me dépassaient, je n’entendais que mon coeur. Cela a duré d’interminables minutes. Lentement, j’ai senti mon rythme cardiaque ralentir, ma respiration s’apaiser, mon corps se décontracter. Je me suis mise à grelotter. […]
Dans la nuit, ça a recommencé. Les jours suivant aussi.
Le médecin m’a envoyé voir un psychiatre, qui a diagnostiqué des attaques de panique avec agoraphobie. Il m’a prescrit des médicaments, que j’ai avalés pendant plusieurs mois, ainsi qu’une thérapie comportementale et cognitive. Je devais me confronter à mes angoisses, les affronter pour m’y habituer et me désensibiliser. J’ai tenu trois séances. […] Savoir qu’une méthode efficace existe est rassurant, au cas où les vagues deviennent trop hautes. Si je l’applique et qu’elle ne fonctionne pas, je n’aurai plus de bouée.
En restant dans ma bulle, je limitais les risques. J’ai continué à aller dans les mêmes lieux, à fréquenter les mêmes personnes, à emprunter les mêmes trajets. Jusqu’à cette décision. Je n’ai pas réfléchi. Je n’ai pas pensé à moi. Mes filles avaient besoin d’air, alors j’ai percé la bulle. » (p. 84-86)

Le personnage de Chloé, en Terminale et qui ne parvient pas à cerner les garçons… elle ne sait plus quoi faire pour parvenir à capter leur attention, à garder leur intérêt. Trop se donner, ou pas assez ? Elle qui souffre tellement du regard des autres, et de l’absence de son père. C’est au travers de ses chroniques de blog que nous apprenons à mieux la connaître, elle et ses failles, au-delà des apparences.

« Je crois que c’est aussi pour ça que j’ai ouvert ce blog. J’aurais pu consigner mes pensées dans un cahier, mais les partager avec vous, savoir qu’elles vous font rire, qu’elles vous émeuvent, qu’elles vous font réfléchir, savoir que je ne suis pas la seule à ressentir ce que je ressens, à penser comme je pense, est précieux. Même si ça reste virtuel, je me sens moins seule.
Même les commentaires négatifs me font du bien. Les premiers m’ont blessée, je remettais tout en question, je n’avais aucune distance, mais à force, ils m’ont appris à comprendre que je ne peux pas plaire à tout le monde, et que ce n’est pas si grave. Qu’il y aura toujours quelqu’un qui me critiquera, et que ça ne veut pas dire que ce n’est pas bien.
Je suis loin d’être celle que j’aimerais être. J’envie les personnes qui ne se soucient pas de l’image qu’elles renvoient, de ce que pensent les autres. Les personnes qui ont tellement confiance en elles que rien ne peut les déstabiliser. Moi, je me remets tellement en question que je suis capable de me sentir coupable même si je suis victime. Il y en a qui, pour ne pas déplaire, n’osent pas avouer qu’ils pensent le contraire des gens. Moi, je n’ose même pas penser le contraire. J’envie ceux qui n’ont pas besoin de l’approbation des autres pour s’aimer.
J’aimerais que la seule approbation qui compte soit la mienne. » (p. 224-225)

Je ne vais pas vous mentir, j’ai eu l’oeil humide à plusieurs reprise en lisant ces passages. Et les personnes qui me connaissent savent ô combien il est difficile de m’arracher une larmichette dans un roman (je ne suis peut-être pas un roc, finalement ?).
Et enfin, nous suivons l’attachante petite Lily, au travers des entrées de son cher journal intime prénommé Marcel. Cette petite jeune fille de 13 ans est une bouffée d’air frais, un concentré d’humour brut. Sa façon de voir la vie avec ses yeux d’enfant, à l’aube de l’adolescence, est rafraîchissante. Sa manière bien à elle de faire un milk-shake d’expressions pour n’en ressortir qu’une seule est absolument jouissive !

« Mais ne t’inquiète pas, Marcel, on va trouver la solution, tout vient à point à qui ménage sa monture. » (p. 283)

Anna, Chloé et Marcel vont vite faire la rencontre d’autres voyageurs et c’est une petite troupe de camping-caristes qui se lance à l’aventure, des amitiés se liant et qui laisseront des traces chez chacun d’entre eux.
Mais je ne vous en dis pas plus, l’important dans ce roman étant de se laisser surprendre, comme nos héroïnes, au gré des kilomètres, sans savoir de quoi demain sera fait, ni où il nous mènera. N’est-ce pas la beauté de la vie ?

Mention spéciale aux concepteurs de la magnifique couverture du roman Il est grand temps de rallumer les étoiles, que j’ai trouvée très britannique dans son style… les éditions françaises devraient nous en proposer plus souvent dans ce genre !

Ma note : 

Merci aux éditions Fayard pour m’avoir permis de découvrir ce magnifique roman !

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5 Responses to Il est grand temps de rallumer les étoiles, de Virginie Grimaldi

  1. __Troubles__ says:

    Je ne connais pas du tout cette auteure mais ton avis m’a donné envie de la découvrir ! Merci pour ça ^^

  2. Marie-Laure says:

    Hello!

    Super article mais surtout super livre. J’ai adoré ce dernier livre de Virginie Grimaldi, il m’a transporté, pour moi c’est un réel coup de coeur <3.
    J'ai également fais un article sur ce livre si jamais tu veux jeter un coup d'oeil.

  3. Il me tarde de lire ce dernier livre. J’aime beaucoup cette auteure.

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