Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, de Mary Ann Shaffer & Annie Barrows

Mary Ann Shaffer & Annie Barrows, Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, éd. 10-18, janvier 2011

(Titre VO : The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society)

Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, une jeune écrivain débute une correspondance fortuite avec un habitant de la petite île anglo-normande de Guernesey. Très vite, l’amour des livres les rapproche et elle se passionne pour le destin des habitants de l’île et leurs tourments durant la guerre.

En bref : Quelques mois après la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, Londres est un champs de ruines et les reconstructions vont bon train. Les gens se remettent doucement des atrocités de ce conflit, qui n’a pas épargné la Grande-Bretagne ni sa capitale. Juliet Ashton est une femme à contre-courant de son époque. Déterminée, libre penseuse, entêtée et avant-gardiste, elle ne rentre pas dans le moule d’une femme au foyer classique de la fin des années 40, même si son entourage la verrait bien mariée et fondant une famille. Ce n’est pas faute d’avoir essayé, mais son amour pour les livres a eu raison du dernier prétendant en date.

« […] j’ai ouvert la porte à la volée, et j’ai découvert Rob assis sur un tabouret bas, devant ma bibliothèque, entouré de cartons. Il scellait le dernier avec du ruban adhésif et de la corde. Il y avait huit cartons au total. Huit cartons entiers de mes livres, attachés, prêts à être descendus à la cave ! […]
Je n’ai pas pu m’empêcher de crier : « Comment oses-tu ! Qu’as-tu FAIT ?! Remets mes livres à leur place ! » » (p. 40-41)

Un jour, une lettre lui parvient d’un habitant de l’île anglo-normande de Guernesey. Cet homme prétend avoir acheté un livre d’occasion sur lequel le nom de Juliet était inscrit à l’intérieur. Partant du principe que ce livre devait lui avoir appartenu, il souhaitait lui demander conseil sur d’autres ouvrages dont il désirait faire l’acquisition, Guernesey étant pour le moins coupée de tout depuis la guerre. Juliet accepte de le mettre en relation avec un libraire de Londres qui le fournira en livres, et de là débute une interminable correspondance autour de l’amour des livres, mais également comment ces ouvrages, et la création d’un club de lecture, aurait permis aux habitants de Guernesey de survivre à l’occupation allemande.

« Je me demande comment cet ouvrage est arrivé à Guernesey. Peut-être les livres possèdent-ils un instinct de préservation secret qui les guide jusqu’à leur lecteur idéal. Comme il serait délicieux que ce soit le cas. » (p. 21)

Juliet doit en parallèle rédiger un article pour le journal The Times, et manquant d’inspiration, ce récit de vie extraordinaire lui inspire un article fascinant, voire même un prochain manuscrit.

Instagram @missmymoo

 

Mon avis :  J’avais Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates dans ma PAL depuis des années (l’édition collector ci-dessus ayant été commercialisée en 2015 uniquement, c’est dire !)… mais c’est l’approche de la sortie du film qui m’a enfin décidée à réparer l’inexcusable, à savoir ne pas l’avoir lu plus tôt ! C’est désormais chose faite, et j’ai vraiment beaucoup apprécié ce roman, même s’il ne fut pas le coup de coeur attendu (je pense que lorsqu’un roman est tant encensé par la critique et une communauté de lecteur, nos attentes sont forcément hautes et on risque d’être déçu : dans mon cas, je n’irais pas jusqu’au terme de déception, car j’ai vraiment apprécié ma lecture mais elle ne m’a pas chamboulée comme je l’aurais espéré).

Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates est clairement un roman qui s’adresse à tous les amoureux des livres de par le monde. Les références à nos tics (et parfois même à nos tocs) que seuls nous pouvons justifier, et que les personnes qui nous côtoient regardent avec curiosité, voire parfois inquiétude, sont très nombreuses et nous nous reconnaissons forcément dans toutes ces situations. Chaque page est une ode à l’amour des livres, et on ne peut qu’acquiescer.

« C’est ce que j’aime dans la lecture. Un détail minuscule attire votre attention et vous mène à un autre livre, dans lequel vous trouverez un petit passage qui vous pousse vers le troisième livre. Cela fonctionne de manière géométrique, à l’infini, et c’est du pur plaisir. » (p. 22)

L’intégralité du roman est constitué d’échanges de lettres entre les différents protagonistes de l’histoire. Le livre se dévore donc (comme une tourte aux épluchures de patates !), et chacun y va de son anecdote relative à la place qu’occupent les livres dans son existence, et en quoi ils ont changé leur vie.
Mention spéciale à nos amis libraires, qui sauront se reconnaître dans certains passages qui leurs sont presque tout spécialement dédiés !

« J’adore faire les librairies et rencontrer les libraires. C’est vraiment une espèce à part. Aucun être doué de raison ne deviendrait vendeur en librairie pour l’argent, et aucun commerçant doué de raison ne voudrait en posséder une, la marge de profit est trop faible. Il ne reste donc plus que l’amour des lecteurs et de la lecture pour les y pousser. Et l’idée d’avoir la primeur des nouveaux livres. » (p. 27-28)

« Je trouvais incroyable à l’époque – et encore aujourd’hui – qu’une si grande partie de la clientèle qui traine dans les librairies ne sache pas vraiment ce qu’elle cherche, mais vienne juste jeter un oeil aux étagères avec l’espoir de tomber sur un livre qui répondra à son attente. Puis, quand ils sont assez futés pour ne pas croire au baratin de l’éditeur, ils vous posent les fameuses trois questions : 1. De quoi ça parle ? 2. Vous l’avez lu ? 3. C’est bien ? » (p. 28)

Il y a également l’éternelle interrogation de toute lectrice face à l’évidence : pourquoi les hommes de la vie réelle n’ont-ils pas les qualités des book boyfriends, ces personnages masculins de romans absolument parfaits, sur lesquels on aime fantasmer et qu’on espère secrètement rencontrer au prochain coin de rue, lorsqu’on percutera quelqu’un car on sera trop absorbé dans notre lecture en marchant… (je laisse encore mon esprit divaguer, sentez-vous le désespoir dans mon discours ?).

[À propos des Hauts de Hurlevent d’Emily Brönte] « À mon avis, avec de tels hommes à domicile et aucun moyen d’en rencontrer d’autres, Emily a dû créer Heathcliff de toutes pièces ! Et quel beau boulot ! Les hommes sont plus intéressants dans les livres qu’ils ne le sont en réalité. » (p. 82)

Dernière mention spéciale, à toutes celles et ceux qui, parmi nous, commandons des livres et guettons désespérément le facteur pour qu’il nous livre le tant attendu colis…

« Je travaille l’oreille tendue vers la porte et, sitôt que j’entends le courrier tomber dans la boîte, je dévale l’escalier à toute vitesse et j’entame un autre chapitre de l’histoire, toute essoufflée. Je crois que c’est ce que devaient ressentir les lecteurs rassemblés devant la porte de l’éditeur de Dickens, pour s’emparer du dernier feuilleton de David Copperfield dès sa sortie des presses. » (p. 148-149)

Vous l’aurez compris, une fois de plus, Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates se destine clairement à tous les amoureux des livres : un peu, beaucoup, passionnément… et surtout à la folie ! Chaque page recèle cette petite référence à nos habitudes, nos ressentis, nos espoirs et nos petits bonheurs liés au livre.

Mais Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates est également un roman incroyablement émouvant sur un destin brisé par la guerre et ses atrocités, qui ne vous laissera pas de marbre, et qui vous en fera certainement en savoir plus sur ce petit territoire trop peu connu qu’est l’île anglo-normande de Guernesey, au large des côtes normandes françaises !

Une adaptation cinématographique est prévue pour le 13 juin en France, et j’ai vraiment très hâte de pouvoir voir ce film, et de vous en parler bien évidemment ! Rien qu’en visionnant la bande-annonce, quelques larmes me sont montées aux yeux, et je ne suis pourtant pas une grande pleureuse sur les livres et films. C’est dire !

 

Ma note :

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One Response to Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, de Mary Ann Shaffer & Annie Barrows

  1. Sam says:

    J’ai eu un vrai coup de coeur pour ce roman, mais c’est vrai que je n’avais rien lu dessus avant de le commencer donc pas d’attentes particulières. (Sans doute que les book boyfriends sont top parce que décrits par des femmes? haha).
    Je suis pressée de voir le film en tout cas, histoire de savoir ce que ça donne.

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