Gros sur le coeur, de Carène Ponte

Carène Ponte, Gros sur le coeur, éd. Michel Lafon Jeunesse, novembre 2018

Mélissa fait sa rentrée en Terminale dans un nouveau lycée, loin de sa meilleure amie, dans une ville qu’elle ne connaît pas. Très vite, ses nouveaux camarades vont s’improviser bourreaux, et Mel hait son corps qui, selon elle, la trahit à ce point.

En bref : Mélissa fait sa rentrée dans un nouveau lycée. Ce nouveau départ est loin de la réjouir. Elle quitte sa meilleure amie et doit se refaire de nouvelles connaissances dans une ville qu’elle découvre à peine. Mel est prise d’un mauvais pressentiment qui se révèle une réalité : ses nouveaux camarades l’ont désignée comme la cible de leurs moqueries. Car Mel aurait quelques kilos en trop. « Mélissa, Sac à gras » devient le surnom atroce qui finit par résumer son existence, en plus de tous les sévices physiques qu’elle subit.

« Il n’a fallu que quelques mots. Rien que trois. Prononcés par des personnes sans importance, mais qui sont aujourd’hui mon quotidien. Elles me voient comme un Sac à gras. Comment leur donner tord ? » (p.55)

En parallèle, le professeur d’Allemand de Mel lui propose des cours particuliers pour rehausser son niveau dans cette matière. Mel n’est pas insensible à son charme, mais jusqu’où cette relation dangereuse pourrait les mener ? Lorsque les sentiments adolescents sont bouleversés par une relation d’autorité, que croire dans toute cette confusion ?

« Pourquoi est-ce qu’il y aurait quelque chose qui cloche chez lui ? Après tout, peut-être que je lui plais et qu’il est bizarre parce qu’il est mon professeur. Peut-être que c’est juste pour ça qu’il a ce comportement. » (p. 141)

 

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Mon avis : J’ai été profondément touchée par l’histoire de Mel, et chaque personne qui a été un jour victime de harcèlement, quelles qu’en soient les raisons, le sera également. Gros sur le coeur porte si bien son titre, et Carène Ponte, d’ordinaire plus habituée aux romans feel-good adulte, signe ici sans doute son texte le plus poignant.
Elle parvient à nous faire entrer dans la tête de son héroïne, qui n’aime pas son corps, qu’elle juge trop imposant. Reviennent ces phrases que trop de personnes luttant avec leur apparence ont entendues, qui se voudraient probablement bienveillantes mais qui blessent profondément.

« On peut dire de moi : « Mélissa, elle est moche, mais elle a de beaux yeux. » » (p.31)

Lorsque le miroir nous renvoie une image de notre corps qui n’est pas celle que l’on souhaiterait de tout notre coeur, les mots sont comme des dagues empoisonnées, et résonnent dans notre tête encore et encore jusqu’à l’épuisement. On en vient à se faire à l’idée : ils n’ont pas tout à fait tord, je dois être réellement immonde et je mérite toutes ces insultes…

« Je ne respire qu’une fois dans ma chambre. Puis je me plante systématiquement devant le miroir. Je me dévisage longuement. Je me dégoûte. Je suis grosse. Oui, bien sûr qu’ils ont raison, je suis Mélissa Sac à gras. Mon reflet ne peut rien pour moi. Et quand bien même il essaierait, comment pourrait-il m’attraper par la main, m’aider ? Tout ce gras, tout ce qui dépasse, tout ce qui pend. Ils me détestent. Je me déteste. Je me rabaisse. » (p.132)

Gros sur le coeur est déjà très touchant, mais le harcèlement prend une toute nouvelle dimension avec la présence des réseaux sociaux et leur place dans la vie des ados d’aujourd’hui. Là où il y a une dizaine d’années encore, la maison représentant un cocon de protection face à toute cette violence, la haine est aujourd’hui partout, dans chaque foyer, grâce à cette toile virtuelle où les mots blessants n’ont plus de limite.

« Je remonte l’historique de la page, pendant près de trois heures, je lis chaque post, chaque commentaire qui sont comme autant de coups de couteau dans une plaie à vif. » (p. 211)

Il est également question des abus d’autorité de la part du corps enseignant sur des mineurs, mais je préfère ne pas trop étoffer ce point, et vous laisser le découvrir par vous-même.

Mel trouve du réconfort dans ses livres, et ils sont nombreux. De Stephen King à Victor Dixen, les références à des romans plus ou moins classiques, plus ou moins contemporains, feront sourire un grand nombre d’entre vous.

« Mon père a moyennement apprécié que je veuille emporter tous mes livres.
– Tu les as déjà lus, ces bouquins, tu ne les reliras pas. Quel intérêt des les garder ? On ne pourrait pas les jeter ? Ça prend une place folle, et ça pèse une tonne !
– Mais je ne vais pas jeter mes livres ! Ils sont à moi. Tu te rends compte que jeter un livre, c’est un sacrilège ? Tu n’as qu’à pas m’obliger à déménager. » (p. 19)

J’avais la boule au ventre tout au long de ma lecture de Gros sur le coeur, et Carène Ponte a réussi le tour de force de ranimer chez moi des émotions que je pensais enterrées depuis bien des années. Gros sur le coeur est un roman poignant, mais aussi et surtout important, à faire lire à tous, quel que soit l’âge, absolument.

Ma note :

Merci aux éditions Michel Lafon pour m’avoir permis de lire ce roman.

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