Martin Page, Je suis un dragon + interview

Je Suis un DragonMartin Page, Je suis un dragon, éd. Robert Laffont, janvier 2015

Une jeune fille orpheline se découvre des super-pouvoirs la rendant indestructible, mais la plaçant également comme un danger pour ceux qui l’entourent. Les gouvernements français et américain la repèrent et la prennent en charge pour servir leurs intérêts. Mais quelles conséquences sur le développement de Margot et son bonheur personnel ?

En bref : La petite Margot assiste à l’assassinat crapuleux de ses parents à l’âge de six ans. Sa mère, grande scientifique américaine, avait émigré en France suite à un accident dans son laboratoire. Margot était née un peu après. Suite à la mort de ses parents, la petite fille est ballottée de foyers en foyers, sans jamais parvenir à trouver sa place au sein de la société qui l’entoure. Elle apprend très vite à baisser la tête et ne pas attirer l’attention sur elle, jusqu’au jour où de petites frappes de son collège l’encerclent dans un couloir dans le but de la molester. C’en est trop pour Margot, sa rage refait surface. Ne maîtrisant plus sa force, la jeune fille fait un massacre. Très vite, les autorités sont informées du caractère “particulier” de l’incident. Les services secrets interviennent et exfiltrent Margot. On apprend qu’elle a également des origines américaines, les gouvernements français et américain se concertent afin d’étudier la jeune fille et ses talents extraordinaires. On la calfeutre dans un “manoir”, on lui fait passer une batterie de tests, sans résultat. Il est alors décidé qu’elle servira les intérêts des deux pays. Margot est utilisée pour régler des affaires hautement dangereuses et critiques. Elle devient une super-héroïne à la solde des plus grandes puissances mondiales. Mais qui se préoccupe réellement de son bien-être personnel ? Elle qui n’est au fond, encore qu’une enfant.

Mon avis : Ce court roman de Martin Page met en scène la destiné tragique d’une héroïne comme on rêverait qu’il en existe, utilisée pour sauver la veuve et l’orphelin, défendre le monde des méchants et y faire régner plus de justice, au détriment de son bien être personnel. Margot est dotée d’aptitudes physiques qui la rendent supérieure au commun des mortels. Elle est indestructible, et dispose d’une force gigantesque. Elle tente de mettre à profit ses pouvoirs pour rendre le monde meilleur. Mais ces incroyables aptitudes la coupent plus des autres qu’on ne le croit. Là où Margot n’est qu’une jeune adolescente qui se cherche, le reste du monde voit une arme aux capacités illimitées.

Elle prenait conscience de sa supériorité vis-à-vis des êtres humains, en même temps elle savait qu’elle leur était inférieure : elle était incapable d’avoir une vie quotidienne normale. Sa supériorité ne lui servait à rien, sinon à la couper davantage des autres.” [p. 79]

Je suis un dragon aborde le sujet de la différence, du rapport aux autres et de l’acceptation de soi, sans prendre compte de ce qu’autrui pense. Lorsque Margot sauve le monde et élimine les plus grands criminels, la population l’adule, mais dès qu’elle décide de se focaliser sur elle-même, comme une adolescente normale en éprouve le besoin, le monde s’insurge de son “égoïsme”. Donnez un peu de votre temps pour une bonne action, on considérera ça comme allant de soi, et on n’attendra plus que ça de vous, sans se préoccuper ce votre propre ressenti.

Mais Xanadu n’espérait vraiment qu’une chose : que Margot se sauve elle-même. Quelques jours plus tôt, elle lui avait offert une vieille édition du Prométhée enchaîné d’Eschyle. Elle avait souligné cette phrase : “Aucune bonne action ne demeure impunie.” Oui, le plus important était que Margot se sauve elle-même. Le monde ne pardonne pas le bien qu’on lui fait.” [p. 146]

Je suis un dragon a la particularité d’être un roman mettant en scène une héroïne adolescente, tout en traitant le sujet d’une façon qui destine clairement ce roman à des adultes : la preuve qu’un héros adolescent n’est pas automatiquement le critère d’un roman Young Adult.
Cet ouvrage, aux chapitres très courts, écrit de façon très fluide et qui se lit très rapidement, est donc un très bon appel à la réflexion sur ce que l’on considère comme acquis, sur la façon dont on juge autrui, sur notre tolérance et notre capacité à faire passer le bonheur des autres avant notre propre bien-être et nos intérêts personnels.
Je suis un dragon est une très belle métaphore de la société contemporaine, de la différence, de l’opportunisme et de l’apprentissage à être heureux.

Ma note : 

Fourstars1

Mardi 17 février, il m’a été donné l’occasion de rencontrer l’auteur de Je suis un dragon, Martin Page, dans les locaux de son éditeur, Robert Laffont (que je remercie encore). Voici un petit compte-rendu de notre échange autour de son roman.

 

Martin Page a à son actif 15 ans d’écriture, des romans adultes puis jeunesse (pour enfant puis pour adolescents). Il a également rédigé des préfaces, des articles de radios, des manuels d’écriture, etc.
A un moment de sa carrière d’écrivain, il prend un nom d’emprunt, Pit Agarmen, pour écrire un livre sur les zombies. Selon lui, il y a clairement une tradition française du roman fantastique qui s’est un peu perdue depuis quelques années. Il souhaitait alors se reconnecter avec ce qu’il lisait en étant enfant. Ce pseudonyme lui a notamment permis d’écrire plus librement.
Je suis un dragon est presque un roman autobiographique, dans la mesure où c’est un roman qui traite de nos propres pouvoirs et de notre capacité à exister dans ce monde. Il est question de ce que les autres font de notre énergie vitale, de façon perverse.
Je suis un dragon est une histoire d’affranchissement.
Selon Martin Page, la scène du massacre dans l’école est déterminante, dans le mesure où nous avons tous eu à faire face à des personnes mal intentionnées dans notre jeunesse. Selon lui, haïr les gens est une perte de temps. Il est plus constructif d’éliminer les personnes toxiques de notre entourage afin de s’en défaire une bonne fois pour toute (au sens figuré, bien sûr !).
Martin Page écrit aussi pour régler des comptes avec son passé. C’est un acte libérateur en soi.
Les références à Fantômette de George Chaulet, ainsi qu’à Buffy, l’héroïne de série TV des années 90/2000, sont claires. Il dépeint au travers de Margot un personnage féminin atypique, une super-héroïne différente de celles mises en scènes par les Comics américains (il s’agit d’une fille quelconque, pas particulièrement belle). Quant à Buffy, il s’agit incontestablement d’un personnage nouveau et très novateur dans le milieu : une héroïne qui n’est pas stéréotypée, qui dit ce qu’elle pense et à l’humour décalé qui prend toute sa place.
En France, il y a toujours eu un certain snobisme vis-à-vis du sujet des super-héros et de ce genre de livres qui aborde ce thème. En cela, il espère que les lecteurs ne se laisseront pas rebuter par la couverture en bandeau d’une jeune fille en costume sur fond de ville parisienne… et prendront le temps de découvrir ce roman.

Ce roman m’a été envoyé par les éditions Robert Laffont, que je remercie encore ainsi que pour l’opportunité de rencontrer l’auteur.

(4) Comments

  1. J’ai beaucoup aimé cette lecture 😉

    1. Ah, super ! C’est vrai que c’est un livre qui sort de l’ordinaire.

  2. Aurélie Sinoir says:

    Tu m’as convaincue ! Je dois le lire !

    1. J’espère que tu apprécieras ta lecture alors 😉

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