Elizabeth Ross, Belle Epoque

Elizabeth Ross, Belle Epoque, éd. Robert Laffont (Collection R), 14 novembre 2013

(Titre original : Belle Epoque)

Paris, 1889. Maude Pichon s’est enfuit de sa Bretagne natale où son père voulait la marier à un boucher de campagne. A l’âge de 16 ans, elle rêve de faire ses premiers pas dans la Capitale, parmi le beau monde.
Elle répond à une annonce, et se retrouve engagée dans une agence de repoussoirs, louant des femmes laides pour sublimer la beauté de ses riches clientes en société.
Maude parviendra-t-elle a surmonter son amour-propre pour assumer son gagne-pain ?
Ce roman est suivi de la nouvelle Les Repoussoirs d’Emile Zola, dont l’histoire est directement inspirée.

En bref : Maude Pichon, 16 ans, vient de quitter la Bretagne de son enfance pour conquérir Paris et s’inventer un avenir plus glorieux. Mais la dure réalité la rattrape rapidement lorsqu’elle doit se nourrir et payer son loyer. Elle répond alors à une annonce d’un certain M. Durandeau, avenue de l’Opéra, et se retrouve embauchée sans le savoir dans une agence de repoussoirs. Cette entreprise propose aux femmes de la bonne société parisienne de louer des faire-valoir au physique disgracieux afin de briller d’autant plus par leurs propres charmes lors de leurs sorties.

– C’est un art subtil que celui de repoussoir, poursuit doctement Durandeau. Il s’agit en premier lieu de se fondre dans le décor, de se faire passer pour une dame de la bonne société, puis d’inspirer du dégoût aux autres et de mettre en valeur la cliente par ce moyen.” [p. 45]

Le jour où la comtesse Dubern embauche Maude pour servir de repoussoir à sa fille Isabelle, sans que celle-ci n’en ait vent, afin de lui trouver un bon parti lors de son entrée dans le monde, les choses se compliquent pour notre bretonne. A qui revient sa loyauté ? A celle qui la paye : la comtesse ? Ou à celle qu’elle fréquente de plus en plus souvent, et entre qui commencent à se nouer des liens d’affection et de confiance…, la fille ?

– Une relation entre une cliente et son repoussoir est fondée sur le simulacre de l’amitié – de la complicité. La loi des comparaisons ne peut fonctionner que si vous devenez un miroir pour la cliente. Elle va jouer le rôle qui lui est imparti et vous traiter en intime, vous confier ses secrets, badiner. Vous aussi, vous devez être sur le même registre.
Et comment faire quand la cliente est menée en bateau par sa propre mère ? Si elle ignore qu’elle a un rôle à jouer, des répliques à réciter ?” [p.95]

Néanmoins, les liens d’amitié réelle entre Isabelle et Maude vont se renforcer au fur et à mesure de leurs rencontres, Maude devenant même la confidente d’Isabelle. Alors que sa mère ne pense qu’à la marier, la jeune fille trouve une oreille attentive à ses espoirs d’études et d’élévation scientifique. Maude est de plus en plus tiraillée entre sa loyauté envers Isabelle et son contrat avec la comtesse, qui stipule qu’elle doit lui permettre de trouver un mari avant la fin de la saison.

Je reste immobile, comme frappée par la foudre, comprenant soudain qu’en apportant mon aide à Isabelle je sabote les plans de la comtesse – des plans pour lesquels elle m’a engagée spécifiquement. Un pion ne peut pas œuvrer pour deux camps en même temps.” [p. 249]

Mon avis : Un très bon roman historique ramenant à la vie le vieux Paris de la fin du XIXe siècle, période aussi appelée Belle Epoque.
De très nombreuses références sont faites aux ouvrages architecturaux de l’époque tels que l’Opéra Garnier et la construction de la Tour Eiffel à l’occasion de l’Exposition universelle de 1889, que tout le monde pensait temporaire mais qui, finalement, subsistera grâce à l’opportunité d’en faire un émetteur radio portant sur toute la ville.

– La Tour Eiffel est une parfaite abomination, déplore un homme à l’allure militaire. Un furoncle sur le visage de notre belle ville.
– Elle n’est pas éternelle, Dieu merci : on la rasera dans un an et personne ne la regrettera, affirme une femme.” [p. 105]

La question de la beauté prend logiquement une place importante dans ce roman, et surtout celle de savoir s’il existe des canons de beauté universels ou si ce concept est très personnel ? L’analyse des oeuvres d’art conservées au Louvre met notamment l’accent sur cette question.
L’introduction de la technique photographique du daguerréotype est également une référence aux nouvelles technologies de cette ère industrielle qui s’annonce, mais appelle aussi à la notion de perfection : qu’est ce qu’une photographie parfaite ? Les défauts de prise de vue, de cadrage ou de révélation de la photographie ne peuvent-ils pas également contribuer à sa beauté unique en son genre, de même que pour un être humain ?
Bien au delà d’un simple roman pour Young-Adult, Belle Epoque d’Elizabeth Ross pousse le lecteur à une véritable réflexion sur la notion de la beauté, et sur les jugements que la société d’une époque donnée peut estimer universels, alors qu’ils nous paraissent aujourd’hui dépassés.
Nous noterons également la grande précision dans les détails de Paris dont fait usage le narrateur : de célèbres lieux de la capitale sont cités, tels que le restaurant Maxim’s, le café de la Paix, près de l’Opéra, le cabaret du Chat Noir à Montmartre, mais également parfois, des attitudes d’inconnus directement inspirés de tableaux des peintres Impressionnistes qui arpentaient Paris à l’époque, à la recherche d’inspiration pour leurs toiles. Pour preuve, cet extrait, où l’on ne peut s’empêcher de reconnaître le célèbre tableau de Degas, Dans un café ou L’Absinthe, peint en 1873 et aujourd’hui conservé au musée d’Orsay qui dénonçait déjà les dérives de ce breuvage plus tard interdit :

C’est la pauvre femme que j’ai surnommée “l’âme perdue” que je repère : assise seule à sa place habituelle, elle se cramponne à son verre comme à une bouée. Son bonnet est défraîchi, son regard vide. Quels rêves a-t-elle amenés avec elle quand elle est arrivée à Paris ?” [p. 40-41]

Seul point négatif pour cet ouvrage : les trop nombreuses coquilles et erreurs de typographie qui n’ont pas été corrigées avant l’impression définitive du roman, ce qui en diminue grandement le confort de lecture.

Ma note :

(7) Comments

  1. Je l'ai vu à la librairie hier, j'ai hésité puisque j'avais déjà pris des livres… Je pense qu'il va très vite bientôt rejoindre ma bibliothèque !

    1. Il vaut vraiment le coup, si on laisse de côté les trop nombreuses coquilles dans le texte (mais que font les correcteurs ?!).

  2. Magnifique couverture. Ta chronique me donne envie de le lire .. Je note !

    1. Merci d'être passée par ici 🙂

  3. Ayé tu l&#39;as lu toi la fan de R ;)<br />Je lui ai trouvé quelques longueurs et défauts dus au public visé personnellement mais je salue le thème et l&#39;époque ! 😉

    1. Haha oui c&#39;est vrai que je lis beaucoup de leurs romans…! Et même pas partenaire en plus ! 🙂

  4. Tu me donnes très envie de le lire mais surtout de lire la nouvelle d&#39;Emile Zola ! Merci !!

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Facebook
YouTube
Instagram
Pinterest
RSS
Follow by Email