L’insaisissable logique de ma vie, de Benjamin Alire Sáenz

Benjamin Alire Sáenz, L’insaisissable logique de ma vie, éd. Pocket Jeunesse, août 2018

(Titre VO : The Inexplicable Logic of My Life)

Sal fait sa rentrée de Terminale, et s’interroge sur son identité. Adopté par un Américain d’origine mexicaine, il se sent envahi par des accès de violence en défendant l’honneur de son père adoptif au lycée. Et si ces accès de rage étaient un héritage de son père biologique ? Qui est-il vraiment ?

En bref : Sal est un adolescent « blanc » dont la mère est morte lorsqu’il était très jeune. Le meilleur ami de sa mère, un américain d’origine mexicaine, l’a alors adopté et a toujours veillé sur lui. Sal a donc grandi au sein d’une famille en embrassant la culture mexicaine transmise notamment par sa grand-mère d’adoption.

Lors de sa dernière rentrée au lycée, en Terminale, Sal est pris d’un accès de violence lorsqu’un garçon de son lycée insulte l’honneur de son père adoptif, qui est homosexuel.

« Il n’y avait rien de mal à être en colère. C’est ce qu’on faisait de cette colère qui importait. » (p. 496)

Ses bouffées violentes deviennent de plus en plus récurrentes, et Sal ne comprend pas d’où elles peuvent venir. Alors qu’il s’apprête à devenir adulte à son tour, il s’interroge sur ses origines, l’identité de son père biologique, ses racines, l’importance de la culture mexicaine qu’il a reçue en héritage de sa famille adoptive…

« Comment pouvais-je penser ou même me poser des questions sur l’homme dont j’avais les gènes ? Qu’est-ce qu’était le code génétique face à l’homme qui m’avait élevé et qui m’aimait ? » (p. 124)

 

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Mon avis : Une nouvelle fois, Benjamin Alire Sáenz parvient à m’emporter dans une nouvelle histoire qui m’émerveille par la poésie de ses mots, et me brise le coeur par la tragédie que vivent ses personnages.

« – Peut-être que certaines personnes ne sont pas destinées à avoir une belle vie. J’imagine que c’est comme ça. » (p. 404)

Après avoir lu (et adoré) Aristote et Dante découvrent les secrets de l’univers (lu en VO), je me suis plongée dans ce deuxième roman traduit en français à l’occasion de la venue de l’auteur à Paris (et quelle belle rencontre ce fut). Comme son précédent roman, L’insaisissable logique de ma vie est une vraie source d’inspiration, et j’y ai trouvé tant de citations inspirantes…

« – Je sais que parfois tu penses que les gens sont comme dans les livres. Or nos vies ne se déroulent pas selon un récit logique, nous ne disons pas toujours des choses belles et intelligentes comme des personnages de roman. La vie n’est pas comme ça. Et nous nous ne sommes pas comme des lettres… » (p. 127)

 

« Montrez-moi un homme qui n’a pas de regret et je vous montrerai un homme qui n’a pas de conscience. » (p. 128)

 

« – Ce serait génial s’il suffisait d’appuyer sur le bouton « effacer » de notre cerveau pour oublier les moments où quelqu’un nous a fait du mal, non ? » (p. 140)

L’insaisissable logique de ma vie reprend les thèmes chers à Benjamin Alire Sáenz : la double identité américaine et mexicaine, ainsi que la question de l’homosexualité et la façon dont elle est perçue par autrui, et assumée (ou pas).

L’auteur aborde également la question de l’adoption, et de la recherche d’identité chez un enfant qui n’a pas connu ses parents biologiques. Quelle est notre part d’acquis et notre par d’inné ? Certains traits de notre caractère sont-ils dû à notre patrimoine génétique, ou à notre éducation ?

« D’où venaient mes réactions ? Des caractéristiques génétiques héritées de mon père biologique ou de celles acquises de mon père, l’homme qui m’a élevé ? » (p. 130)

 

« Je crois que si j’avais été élevé par quelqu’un d’autre, j’aurais pu devenir un garçon en colère. Peut-être que si j’avais été élevé par l’homme dont je partageais les gènes, je serais devenu un garçon complètement différent. » (p.22)

On suit les destins de trois amis qui se cherchent, chacun avec leurs propres interrogations, et tentent comme ils le peuvent de s’entraider, avec un but commun : découvrir qui ils sont vraiment et comment ils aborderont leur vie d’adulte qui se profile à l’aube de leur dernière année de lycée.

« Certains parlent de la « route de la vie », mais je crois que c’est n’importe quoi. Les autoroutes sont goudronnées et balisées de panneaux indiquant la direction à suivre. La vie n’est pas du tout comme ça. Certains jours, des choses formidables surviennent et tout est beau et parfait et puis, sans crier gare, tout part à vau-l’eau. » (p. 373)

Une fois de plus, la plume de l’auteur est toujours aussi douce et magique. Si vous n’aimez pas les romans d’introspection, passez votre chemin car l’action n’est pas le but des romans de Benjamin Alire Sáenz : il vous invite au contraire à faire ce travail sur vous-même aux côtés des personnages que vous suivez, afin de mieux vous écouter et vous comprendre, ainsi que le monde qui nous entoure.

« – Parfois, j’aimerais qu’on traverse les périodes difficiles en dormant, ai-je dit. Tu sais, comme dans la chanson : « Réveille-moi quand c’est fini. » Ce serait tellement bien de se réveiller quand on est devenu plus sage. » (p. 200)

Mon petit coeur aura une fois de plus été brisé par certains revirements de situation. Préparez donc vos mouchoirs, vous êtes prévenus. Malgré tout, vous ressortirez de cette lecture avec un joli sourire sur le visage, plein d’espoir pour l’avenir.

« Et je voulais apprendre moi aussi. Apprendre à m’occuper de mon père quand il avait besoin qu’on prenne soin de lui. Mais je ne savais pas comment faire. » (p. 252)

 

« La vie avait des saisons, et la saison du lâcher-prise finirait toujours par arriver, mais il y avait quelque chose de très beau dans le lâcher-prise. Les feuilles étaient toujours gracieuses lorsqu’elles quittaient l’arbre en voletant. » (p. 496)

 

« Si tu commets une erreur, ne passe pas ta vie à la regretter. » (p. 501)

Ma note :

Merci aux éd. Pocket Jeunesse pour m’avoir permis de lire ce livre.

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